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7 juin 2011 2 07 /06 /juin /2011 18:02

Dès lors qu'on commence à échafauder une théorie, dès lors qu'une idéologie naît, dès lors qu'une “explication”, ou rien qu'une tentative, est émise... c'est le début de la perte de ceux qui tentent de la comprendre.

Prenez cette expérience de la banane et du jet d'eau sur les chimpanzés : un groupe de singes se trouve dans une cage avec une échelle au milieu et, en haut de l'échelle, une banane qui pend, ne demande qu'à être décrochée et mangée. Seulement voilà, dès qu'un singe s'en empare et tire dessus, un mécanisme fait que tout le groupe se fait méchamment arroser. Ce qui provoque des colères et des vociférations à n'en plus finir. Et, comme la même cause provoque immanquablement le même effet, les chimpanzés – qui ne sont pas trop bêtes dans l'ensemble – finissent par comprendre que pour ne pas être mouillés, il leur suffit de ne pas tirer sur la banane. C'est alors qu'on passe à la seconde phase de l'expérience : on fait sortir un des primates pour le remplacer par un nouveau (qui, par définition, n'est pas au courant de ce qui se trame). Bien entendu, il a le réflexe de grimper à l'échelle afin de se saisir de la banane si alléchante. Cependant, les autres, sachant ce qui va se passer, vont se jeter sur lui et le rouer de coups dès qu'il fera mine de grimper. Il finira par apprendre la leçon et ne s'aventurera plus sur cette foutue échelle. Vient alors un autre remplaçant, puis un autre et un autre... jusqu'à ce qu'il n'y ait plus aucun des singes de l'équipe d'origine dans la cage. Autrement dit, plus personne n'a fait la désagréable expérience du jet d'eau. Pourtant, dès que l'un d'eux veut monter à l'échelle, il se fait tabasser. C'est devenu un rite : ils le font sans savoir pourquoi. La banane devient sacrée : on a le droit de la regarder mais on n'y touche plus.

L'être humain a des moyens de communication beaucoup plus développés que le primate. Pourtant il obéit aux mêmes règles. A savoir : l'expérience de première main est plus ou moins “comprise” mais, plus il y a d'intermédiaires qui relaient l'info, plus celle-ci s'étiole et finit par devenir juste un rituel, ou quelque chose qu'on fait par habitude. Quelquefois on associe même des sentiments au rituel. On instaure des punitions s'il n'est pas accompli de telle ou telle façon ou, pire, s'il n'est pas accompli du tout. On se crée des lois et on crie au sacrilège si elles sont violées... à bien des égards, on se complique inutilement la vie et surtout on complique celle des autres.

Deux phénomènes nous entravent : les « infos rituelles » (cf. les primates) et notre entendement limité.

 

A la question de l'empereur Liang Wu-ti « quel est le sens suprême de la noble vérité ? » Bodhidharma répondit : « Au delà de la sainteté, un vide insondable et rien de sacré. Un ciel immaculé où l’on ne distingue plus ni vérité ni illusion ».

Le bouddhiste zen nous enjoint de « seulement » nous asseoir. Méditer, c'est seulement s'asseoir. Pas expliquer. Pas asséner des vérités. Seulement s'asseoir.

Maître Dogen a dit : « méditer c’est s’étudier soi-même, s’étudier soi-même c’est s’oublier soi-même, s’oublier soi-même c’est être certifié par toutes les existences de l’univers ». Et si on ne comprend pas très bien ce qu'il a voulu dire, ce n'est grave. Chacun ne comprend que ce qu'il peut comprendre, et nul n'a besoin d'être endoctriné.

 

Voilà la grande leçon que le bouddhisme nous donne. C'est l'essence de toute chose : se rendre réceptif à l'expérience de première main.

 

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Published by Dragan Matic - dans Prises de conscience
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commentaires

gg 08/06/2011 17:26


C'est de loin son meilleur :)


gg 08/06/2011 15:18


Y'a du Bernard Werber, là dedans, nan ? :p


Dragan Matic 08/06/2011 17:14



Celui des fourmis ?


Disons qu'il a subi mon influence


PS: Plaisanterie mise à part, j'ai beaucoup aimé son 1er bouquin sur les fourmis