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25 août 2013 7 25 /08 /août /2013 11:28

C'était une vaste pièce ronde où les gens déambulaient au rythme d'une musique douce et apaisante. La partie centrale était décorée de paravents inamovibles plantés au sol et formant une sorte de labyrinthe. La lumière tamisée aux couleurs changeantes devenait de plus en plus feutrée et ne laissait plus apercevoir les détails alentour. Seuls quelques petits objets suspendus au plafond par un fil de nylon renvoyaient çà et là un reflet étincelant qui attirait l'œil.

Les gens marchaient, se dandinaient, esquissait des pas de danse ou avançaient à petits pas nerveux. Mais aucun ne restait sur place. Telle était la règle.

Certains osaient s'approcher de ces objets brillants et, en voyant qu'il s'agissait de pépites d'or ou de pierres de jade ou de diamant, ils n'hésitaient pas à les arracher et à se les mettre dans la poche.

Encouragés par la témérité des uns, les autres s'aventuraient également dans les parages, mais durent se montrer encore plus téméraires pour, aux aussi, tomber sur l'un de ces joyaux, en s'engouffrant dans le labyrinthe. Ils perlaient de sueur, leurs mains tremblaient et la musique devenait plus vive. Mais leur audace payait, ils revenaient avec un large sourire et les poches bombées, ce qui encourageait les autres à en faire autant.

Soudain, la musique stoppa net.

Et chacun savait d'instinct qu'il devait se précipiter vers l'extérieur pour trouver une chaise où il pourrait s'asseoir et assurer ainsi sa sécurité.

Papadopoulos était resté debout et, bien que voyant au loin deux individus se chamailler autour d'une chaise alors qu'il y en avait une autre vide à proximité, il ne fit aucun geste pour profiter de la situation et se sauver. Il se savait trop loin du but et, donc, perdu. D'ailleurs, les deux chamailleurs ont réalisé également que chacun d'eux pouvait s'asseoir et ils firent des efforts pour afficher une certaine dignité sur leurs visages, jusque-là crispés.

A présent, tous regardaient le perdant et souriaient. Puis on se mit à commenter cette défaite. Pour les uns, il n'avait pas été assez vigilant, pour d'autres trop avide ou trop lent. Certains se souvenaient qu'il avait été gêné par untel ou que son regard s'était un peu trop attardé sur unetelle... autant de moments qui avaient conduit à cette situation fatale.

La punition : il devait vider ses poches. Et désormais, soit il quittait la pièce, soit il repayait pour avoir le droit de continuer de jouer.

 

Personne n'eut l'idée de dire que le jeu était tout bonnement injuste, que fatalement, il y a toujours un perdant vu qu'il n'y a pas assez de chaises pour tout le monde, et que ce n'était pas par pénurie de chaises mais bien parce qu'on avait envie de voir des perdants. Car le jeu ne serait pas intéressant s'il n'y avait pas de perdant.

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Published by Dragan Matic - dans Arrêt sur image
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