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26 décembre 2009 6 26 /12 /décembre /2009 15:00

 

 

 

La civilisation nous a polis. Elle nous a érodés. Toutes les rugosités et aspérités sont sensées disparaître pour n'offrir qu'une surface lisse au regard.
L'individu a appris, par naïveté sans doute, à déléguer. Sa participation à la vie public, à force de délégation et une certaine dose de paresse, se réduit à l'acte de voter – acte devenu le symbole suprême de sa liberté. Des « autorités » se sont créées au-dessus de lui pour prendre les rênes en main et le décharger de tout devoir de réflexion et surtout de prise de position. Ces autorités ne sont que ses « représentants », qui n'agissent, en théorie, qu'en son nom et pour son bien, mais de fait, ils prennent des décisions qui échappent totalement au contrôle du citoyen et sont rarement faites pour améliorer son confort (ou sinon, indirectement, car la première motivation de ceux qui le contrôlent est d'obtenir quelque chose de lui).

En un mot, le contrat social tacite dont nous parle Rousseau n'est qu'un énorme marché de dupes.

Le citoyen a bel et bien perdu son autorité (quand bien même il a eu l'illusion de l'avoir eue un jour, aux lendemains de la Révolution, peut-être) et se retrouve dans la position du faible soumis, malléable et corvéable, sans la moindre chance d'en sortir autre que de tenter de, lui-même, gagner la place qu'occupent ses bourreaux.

Puis, comme les rugosités et aspérités ne disparaissent tout de même pas et que, même d'autres, issues du sentiment d'injustice, surgissent, on a recours à la coercition. Il faut mater ceux qui ne rentrent pas dans les rangs. On renforce la police. On renforce l'armée. On devient une vraie autorité. Et on devient redoutable.

De simple représentant du peuple, sensé parler au nom de ses semblables, on devient un maître auquel ce même peuple se doit d'obéir. Et le fait d'être en démocratie, le fait d'avoir le droit de se moquer du président, ne change rien à la chose.

 

C'est également son penchant naturel à la paresse et sa naïveté qui ont conduit l'individu à être dépossédé de sa propre spiritualité. Là encore, une autorité, religieuse cette fois-ci, s'est mis en place pour lui dicter ce qui était bien et ce qui était mal, ce qu'il devait croire et ce qu'il ne devait pas croire, et quels rituels il devait accomplir.

Mais le lien qu'a tissé l'individu envers cette autorité (ce lien est à sens unique, notez bien) est si fort et si peu raisonné que le pieux serviteur de Dieu – celui-là même qui s'agenouille pour prier – est capable de tuer pour protéger ses croyances.

Mettre ces croyances en doute, c'est le mettre personnellement en danger quelque part – c'est, en tout cas, ainsi qu'il le vit. Et c'est presque par instinct de survie qu'il se rebiffe et peut aller jusqu'à prendre les armes.

L'autorité, elle, comme toute autorité, n'est faite que d'individus qui finissent par abuser de la puissance qu'on leur a octroyée ; pas tous, certes, mais suffisamment d'entre eux ont été tentés et seront toujours tentés à l'avenir de rompre l'harmonie établie au départ, et ne jamais permettre qu'elle offre la stabilité et la garantie nécessaires qu'une telle structure est sensée donner au plus grand nombre.

Par naïveté et par paresse l'homme est victime de lui-même d'abord, et de l'avidité de ses semblables par la suite. Tant qu'il n'ouvrira pas les yeux, tant qu'il voudra bien se laisser berner, une structure comme l'holocratie ne restera qu'une utopie risible.


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Published by Dragan Matic
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