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11 février 2012 6 11 /02 /février /2012 17:48

En 2007, le Washington Post tentait une opération plutôt insolite que Corinne Lesnes, correspondante du Monde dans la capitale des Etats-Unis décrivait ainsi à l"époque : "Le célèbre violoniste Joshua Bell s’est déguisé en musicien de rue et il a joué à une sortie du métro de Washington à l’heure de pointe. D’habitude, on paie 100 dollars pour l’entendre. Là, les passants avaient toute la place qu’ils voulaient pour rien".

But de cette opération, "Il s’agissait de savoir, écrit Frédéric Ferney sur son blog, si nous sommes capables, dans un endroit ordinaire et à une heure inappropriée, de percevoir la beauté. Est-ce qu’on s’arrête pour l’apprécier ? Reconnaissons-nous le talent dans un contexte inattendu ?"

 

A voir sur http://www.agoravox.tv/culture-loisirs/etonnant/article/joshua-bell-dans-le-metro-une-21650

 

Et puis http://www.legrandsoir.info/+medias-la-museliere-s-appelle-silence-et-mepris+.html qui relaie l'info et apporte ses conclusions.

 

Transposons, en effet, cette histoire à un intellectuel, un scientifique, un comédien, un politicien... peu importe. Le fait est que nous fonctionnons à la manière de moutons qui suivent un troupeau ou qui, par défi, font bande à part, auquel cas, il s'agit de moutons noirs.

Nous sommes des moutons même quand on a le sentiment du contraire. Je me souviens, par exemple, de la façon dont j'ai été enrôlé dans le mouvement de la “GadElmaleh-mania” : un matin, j'avais entendu une interview à la radio, où le jeune Gad expliquait qu'il ne faisait jamais de rappels dans ses spectacles... j'avais trouvé ça bien et ça m'avait donné envie d'acheter son DVD pour voir ce qu'il valait. Mais en fait, j'étais déjà ouvert ; j'étais déjà prêt à lui accorder toute ma sympathie. Il fallait simplement qu'il ne commette pas “d'erreur grossière” qui m'aurait obligé à le cataloguer parmi les nuls. Or, je découvris un gars avec beaucoup de talent et qui m'a fait rire à profusion. J'étais fier d'avoir découvert cette perle et de la faire découvrir à ma famille.

Mais quand je découvris que, tout-à-coup, tout le monde parlait de lui sur toutes les chaines, je me suis dit que je n'ai fait que suivre le mouvement initié par certains, comme un brave mouton.

Tout l'art des publicitaires est de nous emmener là où ils souhaitent tout en nous faisant croire que c'est nous qui choisissons. Noam Chomsky parle de la “fabrication du consentement”, mais on peut dire aussi “moutonisation”. On nous mène par le bout du nez. On nous moutonise !

Mais, en fait, on ne peut rien contre ça ; on est fait comme ça. Il ne peut pas en être autrement. C'est tout bonnement un comportement d'animal social. Et il n'y a pas moyen de le changer.

Par contre, on pourrait instaurer des règles de société pour que cette moutonisation ne nous porte pas préjudice. Ça, ça serait tout à l'honneur de ceux qui nous gouvernent. Or, c'est tout le contraire qui se passe. Le politicien, autant que le commerçant, autant que le saltimbanque … n'espère qu'une chose : nous voir le suivre, tel le joueur de flûte qui emmène les rats à la rivière.

Bien sûr, on peut également prendre les choses en mains, se documenter, réfléchir, apprendre, etc., pour se faire une opinion par soi-même. Mais là encore, je suis obligé de vous décevoir : ça ne marche pas. C'est le syndrome du syndrome du saint d'Rome du sein d'Rome : le prophète, les apôtres et les fidèles. Au début tu entres en contact avec le phénomène et tu suis le mouvement ; tu deviens un fidèle (fan). Après, tu en sais plus que tout autre sur le sujet ; tu t'es rapproché du phénomène au plus près ; tu es devenu un apôtre (groupie). Et, en dernier lieu tu trahis ton maître ou tu le détrônes pour te mettre à la place du prophète lui-même. C'est ainsi que, si tu nais dans un milieu musulman, tu auras de très fortes chances d'être musulman ; si, autour de toi, on est plutôt catholique, eh bien, tu seras catholique, etc. Et si dans ton sillage, on vote untel, tu auras tendance à en faire autant. Sauf si, pour une raison ou une autre, tu te rebelles.

La société actuelle (et depuis toujours) joue de tout ça et ne vaut pas s'émanciper. Elle retombe toujours dedans. Elle se joue de notre avidité, de notre ignorance et de nos frustrations. Elle nous y maintient. Et c'est ce qui s'appelle “gérer”.

 

moutons

 

Voici un cliché que j'ai pris en Croatie. C'est une fresque sur les murs d'une banque qui fait ainsi sa pub : “I ovce i novce” (trad. “les moutons et l'argent”), ce qui a la même signification que : “le beurre et l'argent du beurre”. Les banquiers en questions veulent nous faire croire qu'en plaçant notre argent chez eux, selon les bons conseils qu'ils peuvent nous prodiguer, nous arriverions à obtenir le beurre et l'argent du beurre … à moins que ce ne soit eux qui obtiennent de nous l'un et l'autre. A méditer …

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Published by Dragan Matic - dans Arrêt sur image
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