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19 février 2013 2 19 /02 /février /2013 19:59

 

« je m’énerve pas, j’explique aux gens »

Coluche

 

Le modèle de société dans lequel on vit est composé de 4 acteurs principaux. Pour se faire une idée précise de leur rôle, appelons-les, pour simplifier, « méga-enfoirés », « enfoirés », « salopards » et « pauv’cloches ».

 

Alors, comment ça marche ?

Hé bien, c’est très simple :

 

Tout commence avec le méga-enfoiré qui est un enfoiré++.

L’enfoiré, c’est la Banque. La banque te propose et, finalement, t’impose de mettre ton argent chez elle afin qu’elle puisse en disposer à sa guise. Sa guise, c’est de vendre ton argent. Vendre de l’argent, c’est le prêter avec intérêts. Elle va prêter 100 et va exiger 110 en retour, rien que parce qu’elle a pris le risque d’avoir abusé de ta confiance (elle prend le risque de jouer avec ton fric, en somme).

 

Le méga-enfoiré fonctionne comme l’enfoiré, mais en plus, c’est lui qui fabrique l’argent. Donc, il n’a pas besoin d’attendre que quelqu’un dépose son fric chez lui. Il imprime simplement les billets et les prête en exigeant un remboursement avec des intérêts.

Tu me diras, il faut bien que quelqu’un les fabrique, ces billets. C’est vrai. Avant, c’était l’Etat lui-même qui avait ce pouvoir à travers sa Banque Centrale, et comme c’était son privilège, le méga-enfoiré c’était lui. Et comme l’Etat était personnalisé par un roi, ce-dernier risquait parfois, à ce jeu, d’y perdre la tête.

Maintenant les choses sont plus cool, c’est une banque privée qui joue ce rôle ingrat, et l’Etat n’est plus qu’un client qui ne fait qu’emprunter quand il ne peut pas ponctionner et doit chercher comment rembourser ses dettes.

 

Le salopard, c’est toi, c’est moi, ce sont tous ceux qui ont un « projet » et qui veulent le réaliser. Pour ce-faire, on va voir l’enfoiré et on lui demande de nous prêter l’argent nécessaire. Ce-dernier va nous demander de constituer un dossier où on va décrire notre projet et le moyen qu’on imagine pour rembourser. Bon, si c’est un projet privé du style rénover sa baraque, c’est simple, le remboursement se fait par prélèvement sur salaire (donc, il faut justifier de ses revenus, du fait qu’on n’est pas dans un situation précaire, etc.). Si, par contre, le projet est du style entreprise, c’est là qu’il faut faire jouer ses talents de salopard : il faut planifier la manière d’arnaquer les pauv’cloches.

 

La pauv’cloche, c’est toi, c’est moi, ce sont tous ceux qui, bon gré mal gré, se laissent embobiner par tout ce jeu. On va acheter là où on nous dit de faire. Et on sera un bon citoyen si on consomme beaucoup.

 

Parce que tout ce jeu ne marche que si on consomme :

Le méga-enfoiré exige de l’Etat de rembourser ses dettes et d’y adjoindre quelques intérêts supplémentaires ; il lui met donc le couteau à la gorge, ce qui aura pour effet de nous ponctionner un peu plus : il nous sucrera tous les trucs qui lui coûtent et augmentera les trucs qui lui rapportent (augmentation des impôts, augmentation du prix de l’essence, etc., et diminution des prestations par suppression des trucs payés par l’Etat, au moyen de privatisations, comme les télecoms, la santé, l’électricité … il tentera de privatiser tout ce qu’il peut ; et, sinon, il supprime le nombre de ceux qu’on appelle « fonctionnaires », comme les enseignants ou les chercheurs, mais, bien entendu, les salaires et le train de vie des membres de l’appareil d’Etat ne peuvent légalement pas être touchés ; c’est malheureux, mais la loi le leur interdit…).

L’enfoiré applique la même pression au niveau des salopards qui sont obligés de jouer leur rôle de salopards en diminuant leurs charges (licencier les employés, délocaliser, baisser les salaires, etc.) et en augmentant les profits.

Juste pour info, on pourrait également parler des méga-salopards, dont le rôle est de précipiter un peu plus ce modèle dans l’impasse. Les méga-salopards, ce sont les « actionnaires ». Les actionnaires misent, comme au casino ou à l’hippodrome, sur un certain nombre d’entreprises et, comme ils ont investi, ils ont des droits : ils exigent des retours d’investissements. Ils exigent qu’on ne les déçoive pas. Les entreprises se doivent d’être gentilles avec les actionnaires et donc de montrer à ces-derniers qu’elles sont rentables. Il faut qu’elles soient encore plus rentables ce trimestre-ci que le trimestre dernier. Sous peine de voir le prix de leurs actions baisser. Alors, elles vont licencier, même quand elles font du profit et pressurer leurs salariés pour qu’ils travaillent un peu plus en gagnant un peu moins pour dégager encore un peu plus de marge.

Et tout ça ne peut marcher que si on achète toujours plus. Toujours plus. Toujours plus.

Alors, il faut jeter ce qu’on a acheté la veille et acheter à nouveau aujourd’hui. Il ne faut pas réparer, mais jeter et remplacer par des pièces nouvelles. Et de toute façon, il ne faut pas attendre que ça casse, mais acheter la nouvelle version qui est bien meilleure que la précédente.

 

Alors, comment peut-on accepter tout ça ? comment peut-on se lever chaque matin pour aller au turbin sans broncher ?

Et bien c’est très simple : soit ils font diversion soit ils t’expliquent. Les pros appellent ça « communication ». Et là, différents acteurs se mettent à te communiquer dessus à longueur de temps :

·         La pub communique en te faisant croire que tu as besoin de leurs trucs ; elle va jouer sur toute la palette de sentiments qu’elle peut susciter en toi et elle t’auras à l’usure si elle n’y arrive pas d’emblée (ils font d’une pierre deux coups : tu deviens consommateur et tu oublies qu’ils t’ont roulé dans la farine).

·         Les émissions de divertissement vont communiquer en te faisant rêver, en te faisant croire que tu peux gagner facilement beaucoup d’argent et que tu n’auras plus besoin de bosser ; et même l’Etat te fait croire des trucs comme ça avec tous ses jeux de loto et Cie.

·         Les infos vont te mettre la pression en parlant tous les jours de la crise qu’ils ont causée et dont ils te rendent responsable : tu finis par croire que tout est de ta faute (ou celle de ton voisin qui est un tire-aux-flancs et un profiteur éhonté)

·         Sinon, ils appellent ça « pédagogie ». C’est quand ils t’expliquent pourquoi tu dois accepter.

Et tu acceptes. Amen.

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Published by Dragan Matic - dans Prises de conscience
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commentaires

Anette 10/08/2013 13:42

C'est très bien vu et très bien résumé!