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6 octobre 2012 6 06 /10 /octobre /2012 23:46

 

 

Les 5 branches du Bonheur

Imagine ta naissance. Prend le temps d'imaginer. Reste un peu en suspens sur cette ligne. Ou, mieux, ferme un instant les yeux. Et imagine.

 

En fait, tu te mets à exister en te séparant de ce qui t'entoure. Tu te décroches. Tu deviens une boule détachée du reste de l'univers. Tu peux dire : “moi” parce que tu as fait ce travail de séparation.

 

Puis, de ta naissance apparaissent des relations ; celle de toi avec les objets qui t'entourent, celles de toi avec les êtres qui t'entourent et celles de toi avec toi-même.

 

Les objets, tu as envie de les prendre et de te les accaparer. C'est le désir de propriété. Tu voudras collectionner les objets, les entasser, les enfermer. Et puis, les compter, les cataloguer, leur donner de la valeur … parce qu'ils sont à toi. Tu auras le sentiment de richesse. Tu seras riche de pierres, riche de feuilles de papier, riche de bois, riche de briques, riche de tout ce que tu pourras amasser et entasser. Tu pourras même être riche d'idées. Et chacune de ces richesses te remplira d'aise. Tu auras un sentiment de sécurité. Ce sera un aspect plus ou moins important de ton Bonheur. Et, manquer de ces “richesses” pourrait te plonger dans la tristesse et la dépression.

 

Les êtres, tu tenteras aussi de les prendre et de te les approprier. Sauf qu'eux, ils vont réagir et ne pas se laisser faire. Alors, forcément, cela deviendra un autre type de relation. Tu seras obligé de te mesurer à eux. Tu voudras te montrer plus fort(e), plus grand(e), plus beau/belle, plus intelligent(e), plus n'importe quoi, mais “plus” qu'eux. Même “plus bête” sera bon à prendre par moment.

En tout cas, dans ton entourage, tu chercheras ceux qui te reconnaîtront une valeur et tu fuiras ceux qui te dénigreront. Et si tout le monde autour de toi se met à te dénigrer, si tu es ostracisé(e), si on fait du mobbing à tes dépends, tu entreras dans une dépression et/ou une colère aigüe.

Ainsi, le second aspect de ton Bonheur est la reconnaissance des autres. Cette reconnaissance est la marque de ton désir d'autorité que tu exerceras sur ton entourage dans un domaine donné. Et c'est le domaine que tu chériras parce que c'est lui qui te donnera le sentiment d'exister parmi les autres.

 

La troisième relation que tu développeras, ce sera celle qui déclenchera un bien-être intérieur, celle qui apaisera tes sens ou, au contraire, qui saura les exciter ; celle qui provoquera des réactions chimiques dans ton corps, que tu interprèteras comme autant de jouissances. Et tu en redemanderas. Ce sera ton désir de volupté.

Ton Bonheur, tu auras le sentiment qu'il passera aussi par la satisfaction de ces sens qui procurent la volupté. Parfois même, cela pourrait être ta source principale de bonheur. Et si tu n'y arrives pas, tu auras le sentiment de frustration et de désolation.

 

Et puis, au-delà de ces trois relations, tu tenteras de te dégager de celles des autres qui voudront t'impliquer dans les leurs : tu ne voudras pas être l'objet de quelqu'un, tu ne voudras pas te sentir dominé(e) par quiconque et tu ne voudras pas non plus être esclave de tes propres plaisirs. Ce sera ton désir de liberté. Tu chercheras peut-être même à pousser ce besoin de liberté en dépassant les limites qui ont été tracées autour de toi pour définir le domaine du raisonnable. Ton désir de liberté te poussera peut-être à contrevenir à certaines règles, et peut-être même, à aller bien au-delà de l'acceptable …

 

Enfin, un cinquième type de relation peut naître qui pourrait t'apporter du Bonheur : c'est l'altruisme. L'altruisme naît quand tu cesses de te séparer du reste du monde et qu'au contraire, tu te sentes un(e) avec lui. Un(e) avec les êtres qui t'entourent, un(e) avec les objets qui t'entourent. Quand tu commences à entrevoir que la matière dont tu es constitué(e) est la même que ce qui constitue l'univers entier, et que le mot “matière” lui-même n'est qu'un leurre.

Là, tu peux soit sombrer dans la déprime soit éprouver une joie intense …

 

En définitive, tu as à ta disposition 5 outils qui te donneront le sentiment de bonheur, s'ils t'amènent à récolter les fruits de tes actions, et, au contraire, un sentiment de malheur dans le cas contraire.

Ainsi, ce que tu appelles Bonheur, pour moi, est là. Et c'est ce qui est à la base de l'individu, donc de la société.

 

Ces 5 catégories de désirs vont conduire à 5 types d’actions que tu seras tenté(e) de faire pour arriver à tes fins. Or, chacune de ces actions faite par l’un peut être vécue négativement par l'autre. Ce ne sera pas nécessairement le cas, mais cela reste possible – et cela se produit suffisamment souvent pour que des conflits naissent.

Par exemple, si A s’approprie un objet que B convoite également, il s’en suivra que B éprouvera un sentiment négatif (frustration, haine, colère, jalousie, etc.) ; si A et B sont concurrents dans un domaine donné et que B l’emporte, A aura automatiquement essuyé une défaite ; si A désire B et que ce ne soit pas réciproque, de la souffrance apparait également ; de même, si A, au nom de sa liberté, agit d’une manière contraire aux attentes de B, ce-dernier en pâtira …

Il n’y a que dans le cas de l’altruisme que les sentiments négatifs disparaissent : A est là pour B quand ce-dernier en a besoin, et il sait se retirer quand il sent que sa présence gêne. Et il ne ressent ni fierté ni humiliation, ni dans le premier cas ni dans le second.

Alors, c'est vrai, cet être a déjà un degré de sagesse qu'on peut qualifier de supérieur, mais tout le monde peut en être doté ou l'acquérir au cours de sa vie.

 

Ceci dit, la plupart de nos actions (toutes, exceptées celles de la dernière catégorie) sont potentiellement sujettes à des conflits, frustrations, tensions … et deviennent ainsi sources de violences diverses qui se produisent à l'intérieur d'un individu ou entre plusieurs individus. Et, par conséquent, une nécessité s’impose : démêler les conflits (internes et externes).

 

La notion de Justice

Alors, on désigne un “arbitre” qui s’appuiera sur un certain nombre de règles issues d’un certain “bon sens”, une certaine “sagesse”, une certaine “morale”, … pour rendre la “justice”. Ces règles issues du bon sens sont, disons-le tout de go, arbitraires. Evidemment. Il suffit de regarder : ce qui est moral et sensé aujourd'hui ne l'était pas forcément hier et ne le sera plus demain.

Certaines constantes demeurent, certes : “tu ne tueras pas”, etc. Mais, aujourd'hui, même là, dans certains pays, où tout se monnaye, tu peux acheter le droit de tuer …

Donc, les règles sont arbitraires. Plus précisément, elles sont liées à la sagesse d'ici et de maintenant. En d'autres temps et/ou en d'autres lieux, les règles diffèrent.

 

Passons maintenant à la notion de justice.

Là, force est de constater qu'on fait d'énormes abus de langage. On dit : “faire justice”, “que justice soit faite”, “rendre la justice” … ce ne sont là que des mensonges (on se ment à soi-même, par ignorance sans doute).

On ne fait aucune justice et on ne rend rien. Et comment pourrait-on ? Quand le mal est fait, il ne peut plus être défait. Il faut cesser avec ça et repenser entièrement la notion de Justice.

Je n'en dirais pas plus pour le moment.

 

La Société

Alors voilà !, perdu dans l'immensité de cet univers, tu éprouves le besoin de te réfugier auprès d'un protecteur. Tu veux croire en un être supérieur qui te guidera. Un tel être, tu le verras sur terre, un tel autre tu le verras au ciel. Sur terre, ce sera ton roi et tu seras son vassal. Au ciel tu l'imagineras et lui donneras le nom de Dieu.

Puis, un autre seigneur – un qui s'y connait mieux que toi en Dieu – te donnera plein de bons conseils sur la façon d'être et d'agir en conformité avec ce Dieu. Dieu qui sera d'autant plus réel que plus de gens se mettront à y croire …

Attention ! Je n'insulte personne. Je ne dénigre personne. Je ne nie pas ton Dieu. Simplement, je dis que tu y crois et que ta croyance est d'autant plus forte que d'autres la partagent. Cela ne signifie ni que ce Dieu existe ni qu'il n'existe pas. Et cela ne me positionne pas par rapport à ta croyance (peut-être que je crois la même chose que toi ? Je ne me suis pas prononcé).

Le propos ici est de constater que c'est toi qui cherches à te soumettre. Et, par là-même, tu offres la possibilité à un caractère plus fort de se placer au-dessus de toi et de te diriger.

En somme, tu choisis ton bourreau.

Nous en sommes tous là, en effet. Alors pourquoi te pointer du doigt ?

Simplement, parce que la plupart du temps on rejette tout ça sur les autres et on ne prend pas conscience que soi-même on est impliqué.

 

A cause de ta façon d'être et de la mienne, ainsi que de celle de tous nos concitoyens et tous nos ancêtres, il s'est créée une classe dirigeante. Cette classe dirigeante, avec le temps, a affuté ses armes et est devenue apte à tenir son rôle à tel point que tu ne peux même plus imaginer une société sans elle.

Elle nous lamine jour après jour. Elle joue avec notre vie en souriant. Et nous sommes consentants. Nous acceptons. Nous les applaudissons même, comme s'ils venaient de nous faire un numéro de saltimbanque. Voilà comment nous sommes. Voilà notre “intelligence”.

 

Question philosophique

Alors, tu me diras, y a-t-il une alternative ? Une vrai alternative ?

Comment le savoir ?

Quel modèle a-t-on ?

 

Voyons voir.

 

Si on observe les populations dites “primitives”, on constate une certaine harmonie, une vie en bonne intelligence où le bon sens prime. Souvent, ils inspirent cette insouciance et cette joie de vivre qui nous font tant défaut et qu'on aimerait trouver parmi la plupart de nos congénères.

Mais d'un autre côté, il faut admettre que ces peuples tranquilles n'ont pas fait d'extraordinaires découvertes ni d'inventions géniales dont une civilisation comme la nôtre pourrait s'enorgueillir. Leur technologie est restée, pour le coup, primitive. Et leur science n'est que très approximative, même s'ils manifestent çà et là des ingéniosités bluffantes pour surmonter des problèmes quotidiens.

Alors, faut-il en conclure que – et voilà notre question philosophique à deux balles – les guerres, les injustices, les frustrations, les humiliations … conduisent à des sociétés plus développées ? Faut-il en passer par les abus, les viols, les pillages, les maltraitances de toutes sortes pour avoir le privilège d'appartenir à une civilisation évoluée ?

Quel paradoxe ! Pourtant, il semblerait bien que, plus untel est rabaissé plus il sera motivé pour donner le meilleur de lui-même et, par ce biais, faire évoluer toute la société.

Quoi qu'il en soit, de fait, nous ne faisons plus partie d'une société à technologie balbutiante ; nous sommes obligés de composer avec ce qu'on a.

 

De la gouvernance

Dans un recueil de contes de Amadou Hampâté Bâ, intitulé “Petit Bodiel”, il y a cette petite légende peule, qui porte le titre de “La révolte des bovidés”, sur laquelle je voudrais m'arrêter un instant.

Tout d'abord, j'aimerais te rapporter le passage suivant : « [l'homme] cet être paradoxal qui, singe ou pas, aime plus que tout singer Dieu, [l'homme] cet anarchiste qui veut être obéi, [l'homme] cet ignorant de lui-même qui veut tout connaître autour de lui. »

Si tu te réfères aux quelques lignes écrites plus haut, tu en déduiras qu'il n'y a pas chez l'homme le paradoxe dont l'auteur parle. C'est son désir d'autorité qui le poussera à « singer Dieu ». C'est son désir de liberté qui tendra à le rendre anarchiste et encore à cause de son désir d'autorité, il voudra se faire obéir. Et c'est la soif de propriété qui le conduira à vouloir tout connaître autour de lui (car connaître c'est acquérir des connaissances) sans pour autant trop s'intéresser à se connaître lui-même.

 

Ceci dit, ce n'est pas vraiment le propos qui m'intéresse ici. Je voudrais plutôt me pencher sur l'histoire racontée …

Ce petit conte peul, ainsi que tous les contes du monde, se veut didactique. Il veut éduquer le peuple en lui suggérant une morale qui se veut sage et bonne à suivre. Et, comme dans tous les messages, il y a ici ce que l'auteur dit ouvertement et ce qu'il suggère, ce qui est considéré comme allant de soi et qui ne peut donc pas être remis en question.

Je vais tenter de résumer ce petit conte, tout en soulignant les points qui m'ont fait réagir.

 

Il est question de bovidés qui, toute la journée, paissent puis ruminent pour donner du bon lait récolté par celui qui est leur roi : l'homme. Un jour, ils décident de se révolter car ils estiment la situation injuste. Notons que ce sont les taureaux (donc les mâles) qui prennent cette rébellion en main. Les rôles sont bien clairs : le taureau est le chef, puis vient la vache, puis la génisse et enfin le veau.

Ainsi, ils se mettent à revendiquer les mêmes droits que leur roi, à savoir, boire leur lait.

Le roi obtempère et fait le partage : pour chaque vache traite, il prend une part pour lui (justifiée par les besoins de gestion du royaume), une part pour la vache qui a donné le lait, une pour le veau et la dernière part pour les autres. La justesse de ce partage n'est pas discutée.

Et, ce qui devait arriver, arriva : les vaches donnèrent de moins en moins de lait et tout le monde devint de plus en plus affamé. Si bien qu'ils finirent par renoncer à leurs lubies de partager le lait.

Deux morales sont données à cette histoire. Je cite :

 

1/ Un chef n'est pas une vache laitière, mais un berger qui doit savoir mener les laitières au pré.

2/ Si les administrés veulent que le roi soit juste, ils doivent savoir quoi lui demander car, en fin de compte, c'est d'eux-mêmes que le roi tirera ce qu'ils exigeront.

 

Ainsi, à en croire nos moralistes (tous les moralistes de la terre), d'après la première phrase ci-dessus, il y a des castes. Nous, nous sommes de la caste des bovins (subdivisés en mâles, mères, jeunettes et enfants) tandis que ceux qui nous dirigent sont de la classe des bergers.

Quant à la seconde phrase, elle est simplement amusante car elle dit que, quoi qu'il arrive, le roi se placera toujours au-dessus de la mêlée et ne peut en aucun cas être importuné par un plaisantin de notre genre.

 

A présent, il est temps de tirer des conclusions de tout ça.

 

Partons de l'individu que tu es. Tu as des besoins nés de tes désirs de Bonheur et tu éprouves des injustices quand ces besoins ne peuvent pas être assouvis ou quand tu constates, par compassion, que d'autres ne peuvent pas assouvir leur besoins les plus élémentaires. Alors, tu vas te mettre à revendiquer.

Donc, quelle que soit la revendication que tu présenteras, elle sera un reflet d'un sentiment d'injustice que tu éprouveras par rapport à une situation. Or si beaucoup de gens ont le même sentiment que toi, c'est qu'il y a un réel problème. Et on essaiera de réparer cette injustice. Mais, ce-faisant, immanquablement on jettera les bases d'une nouvelle injustice (Anne Roumanoff le dit bien, sous forme de boutade : « les privilèges des uns sont les injustices des autres »).

Donc, à terme, il faudra réparer cette nouvelle injustice (qui, soit ne te concerne plus, soit implique de revenir à la situation qui t'était défavorable).

Il n'existe pas de justice. On ne fait pas justice. On ne fait que tenter de réduire des injustices. Et, les réduisant d'un côté, on les augmente de l'autre. Autrement dit, il n'y a pas de monde idéal.

 

Mais cela ne signifie pas qu'il n'y ait aucune meilleure organisation sociale possible.

Cependant, une nouvelle organisation sociale ne sera meilleure que si on fait l'effort de comprendre pourquoi les solutions proposées jusqu'ici ne sont pas satisfaisantes. Or, on vient de le voir : fondamentalement, on ne peut pas satisfaire tout le monde tout le temps. Il s'en suit qu'on trompe une partie du monde tout le temps.

 

Il s'en suit qu'une société parfaite ne peut pas être régie par des gens qui ont pris des engagements. Prendre des engagements, c'est favoriser les uns aux détriments des autres.

 

Certes, mais alors, que doivent donc faire les gens à qui on confie une responsabilité ?

Ma réponse est très simple : ils doivent compter les voix. Les injustices, c'est nous qui les subissons, c'est, donc, à nous de manifester notre mécontentement par des votes. Je vote pour l'augmentation de mon salaire ; je vote pour la baisse du prix du pain et du carburant ; je vote pour moins de pollution, etc. Et la “société” doit prendre mon avis en compte. Si mon vote est majoritaire, il sera suivi d'effets.

 

Là, je te vois faire des bonds de 10 mètres : « quoi !?, mais il est taré celui-là ! Il ne prend pas en compte la réalité des choses. Si on augmente les salaires, on sera moins compétitif, donc on vendra moins, donc il n'y aura même plus moyen de payer les salaires … ».

 

Je sais.

 

Je ne parle pas de l'économie actuellement en place. Celle-ci est dans l'impasse que tu as choisi de soutenir (soit activement en l'encourageant soit passivement en laissant faire) et elle restera en place tant que tu ne te décideras pas à faire bouger les choses.

Ce dont je veux te parler c'est d'une autre économie. Celle qui pourrait avantageusement remplacer la tienne. Celle qui permettrait de faire de l'autogestion réelle. Celle qui ne nécessiterait pas l'intervention de représentants auxquels on devrait faire confiance (et qui forcément pourraient être tentés d'abuser).

 

La nouvelle organisation sociale que je propose n'est ni de gauche ni de droite ni rien de ce genre, car être d'un de ces bords signifie prendre partie, s'engager, et donc (on l'a vu) tirer la couverture vers les uns en découvrant les autres. Non, le nouvelle organisation doit être neutre ; elle ne doit faire que gérer les votes des citoyens afin que leur volonté soit faite.

 

Ce que j'appelle « holocratie », c'est un ensemble de règles qui permettent une organisation sociale autorégulatrice afin qu'à tout moment chacun ait le sentiment qu'il n'est pas le dindon d'une énorme farce. Et tout ça, ce ne sera possible que si tu y mets du tien.

La balle est donc dans ton camp.

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Published by Dragan Matic - dans Prises de conscience
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