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28 avril 2012 6 28 /04 /avril /2012 15:20

“La France, aime-la ou quitte-la !”, nous enjoignent de façon récurante quelques provocateurs mordants, dès qu'ils en ont l'occasion.

La France, je l'ai quittée bien que je l'aimais. J'aimais ses valeurs, son ouverture d'esprit, sa tolérance, son côté curieux et avenant vis-à-vis des “autres” – ces étrangers, déboussolés qui essaient de faire leur vie ailleurs, loin de chez eux. Ce sont ces français qui m'ont insufflé un esprit de respect de la différence et ouvert les yeux sur la richesse que celle-ci peut apporter. Et c'est avec fierté et un large sourire que j'ai accueilli les mots de ceux qui m'entouraient – des yougoslaves – et me disaient : “toi, tu es français”. Oui, j'étais fier. Car, après une longue période où, déraciné, je ne savais plus à quoi je pouvais me raccrocher, on m'a montré le chemin. Les miens m'ont reconnu comme étant un français. Ils avaient accepté que j'échappais à leur culture et que, désormais, j'en avais endossé une autre.

Ces chiens qui aboient à la veille des élections, ne me font pas peur. Mais je vous vois, vous, désemparés, démunis et frustrés, et je suis triste de constater que vous les suivez. Vous marchez même devant eux. Vous faites leur jeu. Vous aboyez encore plus fort qu'eux. Vous gobez ce qu'ils vous jettent en pâture. Vous ne réfléchissez pas. Vous laissez simplement éclater votre colère aveugle. Et vous mordez. Sans scrupule. Sans retenue.

 

Vivre en société, c'est aussi réfléchir. Réfléchir sur soi et sur les autres ; sur la place qu'on y a et sur celle des autres. Pas simplement asséner.

Alors, je le vois, vous êtes excédé parce que la vie trop chère, trop pénible et trop injuste. Cependant qu'on on vous montre ces “profiteurs” qui ont décidé de tenter de s'en sortir par des moyens illicites, et vous voyez leur arrogance et leur agressivité. Et vous vous emportez contre eux, pensant qu'ils sont la cause de votre malheur. On vous parle alors d'insécurité et de criminalité. On vous parle de l'identité nationale. Et on vous embobine.

Vous, vous êtes coupables de croire leurs boniments. Eux, ils sont coupables de nous manipuler tous. Ils font de certains faits divers une discussion nationale et ils sèment, ce-faisant, la peur et le trouble et la discorde générale. Ils allument la mèche. Et vous faites le reste.

C'est vrai que, question manipulation... on est dans un monde où la manipulation n'a jamais été aussi grande. Tout le monde s'y met. Depuis les analyses de Chomsky et compagnie, on est au courant des techniques de “fabrication du consentement” dont usent et abusent les politiciens de tous bords. Mais en fait, les rois du marketing nous mettent ça à toutes les sauces. Il en a toujours été ainsi : ceux qui n'avaient pas le dernier modèle Bidule étaient les derniers des ploucs. Hier, “Bidule” pouvait être remplacé par “minitel” par exemple (risible aujourd'hui), aujourd'hui, c'est “iPad” ou “Armani” ou tellement d'autres.

Et voici qu'on apprend, à travers la nouvelle émission d'Elise Lucet “cash investigation”, que les pharmaciens s'y mettent aussi. Ils nous fabriquent des maladies qu'il faut absolument combattre en achetant leurs médicaments. Et, de faux malades, on devient de vraies victimes d'effets secondaires dramatiques.

Voilà comment tournent les choses. Vous ne réfléchissez pas et vous vous laisser embobiner par leurs conneries. Parce qu'ils ont soif de pouvoir et de fric. Vous courez acheter leurs trucs. Vous buvez leurs paroles. Jouer leur jeu à fond. Et, quand vous gémissez, ils vous montrent contre qui vous devez aboyer. Et vous aboyez.

Vous tapez sur ceux qui veulent vous aider et vous applaudissez ceux qui vous arnaquent.

 

Hermann Hesse est un grand écrivain, né allemand en 1877. Il a combattu de toutes ses forces la montée du nazisme. Car il voyait s'étendre cette effervescence morbide, haineuse et destructrice dans les rues et les chaumières. Il voyait ces invectives malsaines lancées à tord et à travers contre les uns et les autres. A l'époque (pas si lointaine), il ne faisait pas bon être juif... Et puis, de guerre lasse, l'ultime protestation de Hermann Hesse fut de renier son identité. Il est devenu suisse.

S'il vous plait, ne me faites pas honte d'être devenu français.

 

 

 

 


 

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Published by Dragan Matic - dans Prises de conscience
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