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23 juin 2011 4 23 /06 /juin /2011 19:16

Notre civilisation s'est essentiellement construite sur la loi du Talion : « œil pour œil, dent pour dent ». « Si tu me cherches, tu me trouveras », ou, plus “crûment”, « si tu m'emmerdes, je te le rendrais... » (et souvent d'ajouter « ...au centuple »). Nos lois se sont érigées en se basant sur ce principe simple : nous ne pourrons nous entendre que si tu ne me marches pas sur les pieds. Le méfait est puni comme il se doit, pour que « justice soit faite ». Je ne pourrais faire mon deuil que si le criminel est arrêté, jugé, écroué, voire exécuté. Au fait, doit-on rétablir la peine de mort ?

Et l'essence de notre philosophie se résume à : « ma liberté s'arrête là où commence celle d'autrui ». Mon ego peut et veut jouir de tout, à condition qu'il ne franchisse pas certaines limites que je sais mesurer par rétroaction : si, toi, tu me fais quelque chose qui me déplait, je peux en déduire que là se trouve également pour moi la ligne jaune au-delà de laquelle il ne faut pas s'aventurer.

Bien sûr, le christianisme est également passé par là pour nous apprendre le Pardon. Tendre l'autre joue pour faire prendre conscience à l'autre que je suis son miroir et qu'en voyant le mal qu'il me fait il finira par comprendre et se raviser. Réactiver par ce geste téméraire le processus du « ma liberté s'arrête là où commence celle d'autrui ». Puis, surtout, se placer en seigneur qui comprend que l'autre peut ne pas comprendre : « va ! Je te pardonne ».

Seulement voilà ! Toute cette philosophie ne peut assurer qu'un équilibre bien instable. Car, que faire de ceux qui outrepassent ? De ceux qui contreviennent ?... Hé bien, il faut les punir. Ce n'est qu'une suite logique. Fatalement, il naît une société du déséquilibre permanent où l'autre doit être épié puis jugé s'il fait un mauvais pas. Une société policée à l'occidentale est une société de policiers.

 

Dans les contrées éloignées d'Afrique australe, par contre, celles qui pendant un temps n'avaient pas été contaminées par notre mode de pensée, est née une philosophie diamétralement opposée : le ubuntu.

Le ubuntu nous dit : « je suis comme je suis parce que tu es comme tu es ».

Mesurez un instant la puissance de cette phrase simple.

Elle nous dit que « je ne suis bon que parce que tu l'es aussi » ; « tu me maintiens dans la bonté » ; « j'existe grâce à toi ». Alors, bien sûr que je vais t'aider si je vois que tu en as besoin, car je sais que le moment venu, tu m'aideras de la même façon. Bien sûr que je te donnerai car tu me donneras ; bien sûr que je te pardonnerai car tu me pardonneras...

Cette pensée induit une spirale vertueuse.

Allez donc au Botswana au contact des autochtones. Vous verrez concrètement ce qu'est cette philosophie. Le peuple Tswana est paisible et pacifique. Leur mot d'ordre est « harmonie ». L'entraide est à chaque coin de rue. Leur adage favori : « la plus belle guerre est celle qu'on a su éviter »... Je suis tombé amoureux de ce peuple.

 

Et que se passe-t-il si, malgré tout, on fait le mal ?

En toute logique, pour rester conforme à notre philosophie ubuntu, on jugera que celui qui « dérape » a besoin d'aide. Et, naturellement, on lui vient en aide.

Seulement, dans la réalité telle qu'est est actuellement, il faut admettre que les choses sont un peu moins idylliques. C'est que, d'une part ce ne sont pas des saints non plus, et puis surtout, l'homme blanc est passé par là.

Lars Bonnevie nous dit dans Botswana Blues:

 

« Nous, les Européens, sommes une race bizarre. Nous commençons par briser une culture à coup de fusil, de bibles, d'esclavage et de gnôle, et nous dépouillons le vaincu de son identité. Ensuite, nous nous lamentons sur l'originalité perdue... »

 

Il ajoute, dans ce même passionnant ouvrage : « ...la tradition enseigne qu'il faut partager avec ses proches qui n'ont rien. Mais l'ordre économique régnant enseigne autre chose. »

 

Voilà ce qu'a apporté l'homme blanc. Mon sentiment est que nous avons dénaturé l'Afrique et l'avons empêchée de se développer comme elle aurait dû. Nous découvrons, maintenant que c'est trop tard – trop tard, parce qu'on l'a contaminée par notre mode de vie qu'on leur a imposé –, que ces « sauvages » ont une sagesse dont on aurait bien besoin aujourd'hui.

Ne trouvant plus leurs repères dans une société qui leur est complètement étrangère, ces sages sont devenu des ivrognes. Puis, d'ivrognes aux comportements déplacés et parfois dangereux, ils sont devenu des imbéciles. Et ils finissent par conforter notre opinion de départ : « ce ne sont que des sauvages dont on ne peut rien tirer ».

C'est le même scénario que pour les Indiens dans les réserves d'Amériques, les Inuits dans celles d'Alaska, les Aborigènes d'Australie ou les San du Kalahari, pour ne parler que des « minorités visibles ».

En fait, à vouloir homogénéiser, nous ne sommes qu'une machine à broyer. Nous nous croyons porteurs de vérité. Détenteurs du savoir ultime. Et que sais-je encore.

En réalité, nous ne faisons qu'anéantir tout alentour.

 

Mais je m'emporte. Pardon. Retournez donc à vos postes de télévision et éclatez-vous devant « qui veut gagner des millions ». Demain, vous irez voter. Vous aurez l'impression d'avoir fait ce qui était en votre pouvoir pour améliorer de fichu monde et vous vous endormirez la conscience tranquille. Dormez bien.

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Published by Dragan Matic - dans Prises de conscience
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commentaires

nanard 15/09/2011 19:59


Botho et Morero. Voilà le secret de l'harmonie au Botswana.
Voici un texte traduit de l'anglais dont on peut lire l'original ici:http://www.botswanaembassy.or.jp/culture/body3.html

Botho (Humanité)

La société des Batswana attend et exige de ses membres d'avoir le "Botho", qui est dérivé de "motho" (être humain). Le Botho se réfère à la possession des vertus associées à un bon être humain, en
d'autres termes, la qualification de quelqu'un à être appelé un être humain.

Toute personne, indépendamment de sa position sociale, qui manque de ces attributs positifs que constituent un motho, est considéré comme n'étant «pas Botho».

Le critère pour le Botho est un ensemble de qualités humaines positives, y compris les bonnes moeurs (maitseo), la bonté, la compassion, l'humilité, le respect et à la hauteur des attentes de la
société et son rôle particulier.

En bref, le Botho peut être considéré comme un critère d'un bon comportement qui est cohérent avec les attentes et les normes culturelles de la société tswana. Ce code de conduite comprend les
bonnes manières, la serviabilité, la politesse, l'humilité et la considération pour autrui, le respect des personnes âgées et tous les autres attributs positifs attendus d'un être humain.


Morero (consultation et de concertation)

Les Batswana croient en la valeur des consultations au sein de la société. Le processus de Morero (consultation) au niveau inter-personnelle, familiale et communautaire est considéré comme un atout
inestimable dans la capacité d'atteindre et de maintenir les accords.

Au niveau national, les responsables du service public et les politiciens, y compris le président, se déplacent régulièrement à travers le pays pour consulter les citoyens ordinaires sur les divers
programmes gouvernementaux et d'autres questions d'intérêt national ou local. De cette façon, la plupart des citoyens ne se sentent pas exclus du processus décisionnel de leur pays.

Le défaut de consultation tend à générer des réactions négatives, car les gens l'interprètent comme une affirmation indirecte qu'ils n'ont pas d'importance, sont inférieurs, ou dans le cas de
l'unité familiale, pas assez importants pour être consultés. Bien que les consultations ont tendance à prendre beaucoup de temps, le consensus qu'ils apportent crée beaucoup d'harmonie à la fois au
sein des familles et de la société dans son ensemble. Le système moderne de gouvernement du Botswana a grandement bénéficié de cette culture de Morero.