Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
19 avril 2013 5 19 /04 /avril /2013 17:36

 

Une société est basée sur trois entités : l’individu, la fonction et l'information. L'individu est le socle. La fonction est la place qu'il occupe dans la société, et le flux d'informations passant d’un individu à l’autre permet à la société d'évoluer dans son environnement.

 

Considérons tout d’abord les fourmis car cette société (colonie) est plutôt simple en comparaison des sociétés constituées d’animaux « de plus haut rang ». Dans une colonie de fourmis, l’individu joue un rôle quasi-inexistant. L’individu se confond avec la fonction qu’il occupe. Il est entièrement fait pour cette fonction. Une fourmi EST un soldat ou une ouvrière, etc., ou ce qu’on appelle une « reine » (en réalité, soit dit en passant, c’est une pondeuse et n’a rien d’une reine). Et le flux circulant entre les fourmis (la phéromone) véhicule des informations visant à faire prendre conscience à chacun de l’état actuel des choses environnantes. Ainsi, très rapidement, la colonie entière saura, par exemple, qu’elle est menacée ou qu’elle se trouve devant une source de nourriture. Ces informations lui permettent de réagir en conséquence, à tous les niveaux ; chacun saura ce qu’il aura à faire et tout le monde se mettra en place pour accomplir sa part du travail (au passage, la pondeuse saura qu’elle devra pondre plus de soldats en cas de menace et plus d’ouvrières en cas de gros travaux).

Pour revenir à l’idée avancée en prémisse, résumons : cet ensemble qu’est la colonie de fourmis est une société parce qu’elle est constituée d’individus auxquels un rôle a été attribué (ici, dès la naissance) qui communiqueront entre eux pour jouer leur rôle individuel afin de contribuer à accomplir une tâche dictée par l’environnement, d’une part, et par un mécanisme inhérent à cet ensemble (ici, l’instinct de survie ; celui-ci pouvant être de se défendre contre l’agresseur ou de débusquer de la nourriture), d’autre part.

Chez l’être humain, les choses sont nettement plus complexes. Mais dans le principe, c’est assez semblable. On a également des individus, des fonctions et des flux passant d’un individu à l’autre. La complexité vient d’une part du fait que l’individu n’a pas un rôle qui lui est attribué dès la naissance et d’autre part, les flux passant entre les individus sont en soi plus complexes et peuvent avoir plusieurs supports (images, écrits, sons, odeurs, etc.).

 

Faisons à présent un petit aparté : dans le monde de l’électronique, il y a des « circuits imprimés » et des « circuits intégrés ». Dans les 2 cas, on a un paquet de broches d’entrée et un paquet de broches de sortie. Entre ces entrées et ces sorties, on a fait un circuit (espèce de parcours de fils conducteurs d’électricité) jalonné de composants jouant certains rôles qu’il n’est pas important de connaître ici. Le résultat étant que si l’électricité arrive dans le circuit par certaines combinaisons de broches d’entrée, il en résultera qu’elle sortira par une certain nombre de broches de sortie connues d’avance. C'est-à-dire que si, par exemple, on active les entrées (E2, E4 et E5), l’électricité sortira, mettons, par la broche S3 et si on active (E1, E8) c’est par (S2, S4) que ça sortira. On crée ainsi un mécanisme où certaines causes (les entrées) produiront certains effets (les sorties). Dans le 1er cas (circuit imprimé), on parlera de logique câblée (les chemins entre les entrées et les sorties seront définis une fois pour toutes) et dans le 2nd cas (circuit intégré), on a une partie du chemin qui n’est pas prédéfinie, mais doit être « programmée », c'est-à-dire à définir après la construction du circuit. L'avantage, dans ce cas, c'est qu'on peut redéfinir ce chemin autant de fois qu’on le veut, avec des variations à l’infini (ou presque) pour obtenir des résultats adaptés à des situations différentes.

 

Si on revient à nos fourmis, on pourra dire de ce qui précède qu’elles obéissent à une logique câblée (ou presque) tandis que les humains doivent être « programmés » (en général, on emploie d’autres termes comme « éducation », « apprentissage », « formation », etc., mais cela revient au même).

 

L’individu humain existe en soi bien plus que la fourmi. Il existe avant d’avoir un rôle dans la société, avant d’occuper une fonction. Et cette propriété l’a poussé à vouloir des choses pour lui ; prendre les objets, les garder, se les approprier, ne pas les partager, etc. (choses impensables pour une fourmi).

Partant de là, automatiquement, il a donné une valeur à ces objets. Et de là, il a pu s’autoriser à les échanger. C’est ainsi qu’on a inventé l’argent (invention purement humaine et n’existant dans aucune autre organisation sociale).

Du coup, parallèlement au fluide naturel qui coule entre les individus – le flot des informations – on a également un flux artificiel constitué par l’argent.

 

Le problème est qu’il y a eu des dérives.

Premièrement, chaque « chose » pouvant être considérée comme un objet, on a donné à chaque chose une valeur : on l’a monétarisée. Non seulement les objets que l’on fabrique, mais aussi ceux qu’on trouve dans la nature, mais aussi des parcelles et éléments de cette nature (la terre, l’eau, l’air…), mais encore le temps, le vent, les animaux, les humains … tout a une valeur en terme d’argent. Et même les informations qui circulent entre les humains. Si bien que tout est subordonné à l’argent. L’argent lui-même a une valeur qu’on négocie et réévalue.

Ainsi, le flux des informations qui transitent entre humains est devenu secondaire. Le flux de l’argent l’a supplanté. Les informations sont guidées par l’argent. Et par là-même, elles sont biaisées.

Deuxièmement, les postes que les humains occupent dans la société ont, eux aussi, subi une pondération. Ils ont différentes valeurs. Certaines fonctions sont prestigieuses d’autres moins. Certaines sont stratégiques car elles permettent de contrôler l’argent, de le (re)diriger, de le thésauriser, etc., d’autres n’influent pas sur son cours. Par ailleurs, certaines fonctions nous donnent du pouvoir sur autrui et sont donc plus prisées, plus convoitées.

Le tout mène à une hiérarchisation des postes et à une course à l’occupation de la meilleure place. L’argent, encore lui, va jouer un rôle déterminant dans la distribution de ces postes. Si bien qu’on ne cherchera pas en priorité à créer des fonctions pour les besoins humains dans la perspective d’évoluer dans leur environnement, mais on cherchera parmi celles qui donnent le plus de pouvoir et/ou d’argent.

 

Il me semble clair que si on veut vraiment faire les choses en fonction du bon sens (qui consiste à préserver les humains et leur environnement), il faille trouver un mécanisme qui permette d’éviter ces dérives. Voilà pourquoi je parle d’holocratie.

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Dragan Matic - dans Prises de conscience
commenter cet article

commentaires