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16 juin 2013 7 16 /06 /juin /2013 15:09

Descartes, avec son Discours de la Méthode, est l'initiateur de la philosophie moderne en occident, nous dit-on. Tout est donc de sa faute. Avec son « je pense donc je suis », il a commis le péché originel.

 

Je m'explique :

 

La méthode consiste à intellectualiser, donc à tout transférer dans l'hémisphère gauche de notre cerveau. Cela signifie aussi qu'on est tenu d'arriver à des conclusions, faire des démonstrations pour présenter un résultat. On aura donc tendance à passer par des chemins tortueux et alambiqués (afin d'embrouiller les esprits ?) pour arriver à nos fins. Et on assènera : « Dieu existe » ou, plus tard : « Dieu n'existe pas » ou, encore plus tard : « nous avons tué Dieu, inventons le surhomme », etc.

 

Le scientifique observe le monde et constate que, dans certaines conditions, s'il attend une particule en un point A et qu'il fasse des mesures pour voir si elle s'y trouve, il l'y trouvera. Et s'il réitère l'expérience en supposant qu'elle sera en B, elle se révèlera être en B.

Le philosophe n'hésite pas alors, en généralisant outrageusement, à nous dire que rien n'existe s'il n'y a pas de conscience pour le constater. Donc, le monde autour de nous n'est qu'une construction de notre esprit. N'est-ce pas de l'égocentrisme poussé à l'excès ?

Ne voulant pas être « hors je » (Michel Onfray), nous voilà poussés dans le « tout-à-l'ego » (Doria Tillier).

 

Et tout vient de ce « je pense, donc je suis ». Ce fut la première conclusion. La première mise de la charrue avant les bœufs. Il ne fallait surtout pas conclure « donc je suis », mais simplement poser la question « qui suis-je », sans plus.

La seule question qui vaille est « qui suis-je ? ». Mais on est allègrement passé outre en assénant ce « donc je suis ». On a mis l'ego en place et tout s'est mis à tourner autour. Un peu comme au Moyen-Age où la Terre était au centre de l'Univers. Il fallait, à l'époque, trouver aussi des lois farfelues et alambiquées pour expliquer le mouvement des planètes (ces astres errants qui ne voulaient pas respecter les Lois divinement tracées des cercles concentriques dont le centre était nous.

 

Nous, occidentaux, nous sommes coupables d'avoir créé des « vérités » (et, au passage, de tuer tous ceux qui n'y adhéraient pas) au lieu d'avouer notre ignorance et de s'être contenté de chercher et de donner le loisir , à ceux qui en ressentaient le besoin, de continuer de chercher librement, sans entrave.

 

Ce que nous n'avons pas réussi à faire, les indiens l'ont fait. C'est en Inde qu'est né le Bouddhisme.

Celui qu'on a appelé le Bouddha (l'Eveillé), ne s'est pas précipité pour crier « Eureka !, j'ai la Vérité ; je vais vous la révéler ». Au contraire, il a obstinément gardé le silence lorsqu'on lui a posé des questions d'ordre métaphysique. Par contre, il s'est précipité pour initier ses pairs au moyen de parvenir au même état d'Eveil que lui. Autrement dit, plutôt que de distribuer des poissons alentour, il a montré à chacun comment il pêchait.

 

Son Eveil, c'est l'ataraxie des Epicuriens (absence de trouble). C'est l'apaisement du corps et de l'esprit, la quiétude, un état de Bonheur que le philosophe occidental qualifie de « négatif » car, pense-t-il, l'ego se prive et ne se contente que de ce qu'il a. Mais dans l'Ataraxie, il y a aussi une jouissance que le ratiocineur ne peut pas imaginer tant qu'il n'en a pas fait l'expérience. Et puis, l'Ataraxie est une ouverture à une Vérité qui va au-delà de l'entendement et que chacun devrait expérimenter pour soi.

Ceux qui ont été tentés par une « exposition » de ces vérités ont été qualifiés de « messies », « prophètes », etc. Et ils ont mené des foules ignorantes où bon leur semblait.

Les bouddhistes se sont simplement fait appeler « maîtres » et furent entourés de quelques « disciples » qu'ils s'étaient chargés d'initier. Ils n'étaient maîtres que de ces disciples. Ils étaient à la fois philosophes, prêtres et enseignants.

 

Kant a écrit, dans un langage plutôt hermétique, la Critique de la Raison Pure. Je n'en ai lu et compris que le titre. Mais je doute qu'il y ait eu plus à comprendre (sinon, ça se serait su). En tout cas, il était dans le vrai : la raison pure ne mène pas à la connaissance (cf. le théorème de Gödel).

Suivons plutôt le conseil des moines zen : Shikantaza (seulement s'asseoir).

 

Tu me diras, c'est une preuve que le monde existe de la façon dont notre conscience le crée...

Dans notre esprit sans doute, mais pas dans la réalité.

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Published by Dragan Matic - dans Divers
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