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26 octobre 2011 3 26 /10 /octobre /2011 09:39

 

 

Les 3 coups

  • Le coup de la puce

L’histoire est ultra-connue, mais comme je vais m’y référer, je l’énonce brièvement :

Un saltimbanque nous exhibe une puce (invisible) et nous fait croire qu’elle est dans le creux de sa main. Il lui dit de faire un salto et fait des ronds avec sa tête et ses yeux pour nous faire vivre en direct les acrobaties de sa puce. Son numéro se poursuit : il arrache une patte à la puce invisible et lui demande à nouveau de sauter. La puce obéit. Puis il arrache une seconde patte et réitère l’expérience qui fonctionne encore quoique la bestiole montre quelques signes de faiblesse. Il continue de la sorte jusqu’à la 6èmepatte. Et là, vient la conclusion qui tue : « quand on enlève les 6 pattes à une puce, elle devient sourde ».

 

  • Le coup de l’âme

On se souvient tous également de cette querelle entre les athées et les croyants, dans le temps : les premiers affirmant qu’après avoir disséqué un cadavre et cherché partout, ils n’avaient pas trouvé trace d’une quelconque âme. Ce à quoi les seconds avaient rétorqué que, de la même manière, ils auraient pu fouiller le cerveau et ne trouver aucune trace d’intelligence.

 

  • Le coup du vent

Et, pour terminer les 3 coups, voici une anecdote qui relate un petit fait marquant pour moi et qui, au-delà des sourires, peut également faire réfléchir : j’avais 8 ou 9 ans et j’étais habitué, depuis ma plus tendre enfance à ne pas attendre de réponse à mes interrogations sur le monde de la part des adultes qui m’entouraient (ce serait trop long à développer ici, mais c’est un fait : je ne pouvais compter que sur moi-même pour trouver des réponses aux questions qui me taraudaient). Et quand j’avais ma réponse (que je m’étais inventée), comme pour tout enfant, ma curiosité était satisfaite et je passais à autre chose. Or, un jour, une brise, me soufflant en pleine figure, me déstabilisa. Car, dans ma candeur d’enfant, j’avais imaginé que le vent venait des arbres (ne riez pas !, ce n’est pas pire que de penser qu’il vient du souffle d’Eole ou que le tonnerre vient des pets de Jupiter). Donc, jusqu’à ce moment, pour moi, le vent était créé par le mouvement des arbres. Or, ce jour-là, à l’endroit où j’étais, il n’y avait aucun arbre à proximité.

 

 

Les modélisations du monde

Ce que je voudrais souligner avec force (ce sera peut-être une évidence pour certains, mais sûrement pas pour tous), c’est que nous n’avons aucun moyen de connaître la Vérité. Il faut se faire une raison : nous ne sommes pas armés physiquement, malgré notre « intelligence », malgré notre « intuition », malgré nos illuminations diverses et variées, nous ne sommes pas armés pour connaître la Vérité (avec un grand V). Il existera toujours quelque chose entre la Vérité et nous. Nous n’y avons pas d’accès direct (nous ne pouvons regarder qu’à travers ce que certains appellent « les portes de la perception » et que, personnellement, j’aurais plutôt tendance à qualifier de « fenêtres » plus ou moins teintées ou de « miroirs » plus ou moins déformants).

Nous sommes donc contraints de modéliser le monde. Et, ce faisant, on fait semblant de le comprendre. En réalité, nous ne comprenons que le modèle que nous avons nous-mêmes élaboré et qui n’est que notre image du monde. En somme, nous ne pouvons faire que « le coup du vent ».


L’intelligence

Pour comprendre, on a notre intelligence. Mais qu’est-ce au juste ?

Tout d’abord, il y a un truc qu’on appelle « mémoire », où de l’information est stockée et à laquelle on peut accéder. Certains peuvent en stocker beaucoup, d’autres moins. Certains accèdent facilement à cette info, d’autres moins. Ensuite, on a quelque chose comme un processus qui se met en branle un peu malgré nous ; certaines informations vont déclencher ce processus qu’on dit « cognitif », qui consistera à faire des associations, des regroupements, des analogies et d’autres opérations de cet acabit, jusqu’à ce qu’on arrive à une information nouvelle qu’on jugera digne d’être nommée « idée ». Puis, on pourra associer ces idées, les regrouper, les comparer, etc. pour arriver à des nouvelles idées, voire des idéologies. Le tout viendra enrichir l’ensemble des données déjà stockées en mémoire.

C’est donc notre capacité à accéder à cette mémoire et/ou à la faire grossir, à l’aide de l’appareil cognitif ou de « saisies » (qui passent généralement par les yeux et/ou les oreilles), qu’on appelle « intelligence ».

Mais au fait, « l'intelligence » ne nous prémunit aucunement contre le « coup de l’âme ». On sera toujours confronté aux autres « intelligences » qui voient les choses autrement.


Le mysticisme

Alors, il existe également des gens qui disent avoir vécu une expérience mystique qui leur a fait toucher une essence indescriptible ; une sorte de connexion directe avec la Vérité.

En tant qu’éléments extérieurs à cette expérience (réelle ou supposée), nous n’avons aucun moyen ni de vérifier ni de conclure quoi que ce soit. Une explication « scientifique » ne serait qu’un simulacre d’explication, parce qu’on essaie à travers nos filtres de « l’intelligence », de la « logique » et de la « compréhension », de « prouver » ou « d’expliquer » quelque chose dont on ne sait rien. On est donc condamné à « croire » (au sens d’avoir la foi) ou refuser de croire, ce qui impliquerait automatiquement de discréditer l’individu qui a fait une expérience hors du commun. Une 3èmepossibilité serait de ne pas se prononcer et donc de rester « agnostique ».


La communauté

Mais en réalité, dès qu’une idée est avancée par quelqu’un, elle est attaquée, ridiculisée, piétinée, avant d’être, si elle résiste encore, incorporée. A la suite de quoi, elle devient une évidence quasi universelle… jusqu’à ce qu’une idée contradictoire ne vienne la détrôner (non sans avoir subi le même traitement, au préalable).

Il se crée donc automatiquement une communauté de sympathisants et défenseurs de cette idée, dont la véracité sera proportionnelle à la taille de ladite communauté. Ceci est un point crucial du fonctionnement de l’humanité. L’idée peut être aussi sotte qu’on le veut, ce sera la vérité si la majorité l’accepte (de gré ou parfois de force). On peut raisonner de travers (cf. « le coup de la puce »), mais si la communauté est assez puissante pour nous faire plier, cette idée sera notre vérité du moment (moment qui peut durer plus ou moins longtemps…).

Par la suite, si nous ne faisons pas partie de la communauté, nous ne sommes même pas « autorisés » à émettre des idées (surtout si elles sont contraires aux idées communément admises). Celles-ci ne seront pas « entendues » ; elles ne seront pas prises au sérieux. Nous ne serions que des « plaisantins »… Et si, bien plus tard, il s’avère qu’on était dans le « vrai » (du nouveau moment), nous gagnerions le titre de « précurseurs » ou « visionnaires », etc. La communauté ferait alors un pas de côté pour nous englober avec notre idée.


Le communautarisme

Une autre caractéristique importante du comportement humain est que la Société, donc l’ensemble des individus qui vivent dans une zone territoriale définie, s’organise quasi-automatiquement autour d’une communauté, ce qui place les autres communautés à des rangs inférieurs. Or, une nation se confondant avec une communauté ne peut être qu’un totalitarisme. Une « démocratie chrétienne », par exemple, est à peine plus une démocratie qu’elle n’est chrétienne. Par contre, elle affiche clairement qu’une autre religion y est étrangère. Elle favorise ses membres et sème des embuches aux autres.

Fondamentalement – n’ayons pas peur de voir les choses comme elles sont –, il n’y a aucune différence entre les règles « communautaristes » et celles de la mafia. Pour entrer dans une communauté, il faut faire ses preuves ; il faut être beaucoup plus performant que ceux qui y sont nés et y ont grandi sans trop se poser de questions. De plus, à la moindre erreur de « l’élément extérieur », la sanction est immédiate et plus sévère ; on ne vous fait pas de cadeau. C’est que la mafia est aussi une communauté…


Le commerce

Passons maintenant à un autre aspect.

Les individus échangent. Ils échangent des informations ; ils échangent des sentiments ; ils échangent des câlins ; ils échangent des coups et ils échangent des objets.

Et pour tous ces échanges, ils n’ont rien trouvé de plus pratique que l’argent. Avec l’argent, on peut vendre et acheter des informations, des sentiments, des câlins, des coups et des objets (même s’il est possible d’échanger sans argent). Le fait est que l’argent donne le pouvoir d’infléchir les choses et d’obtenir des consentements là où, a priori, on n’en aurait pas eu de prime abord.

Partant de là, le point central de nos activités est devenu le moyen d’obtenir l’argent nécessaire pour avoir ce qu’on peut souhaiter acquérir. Et de plus, on vend le plus cher possible ce dont on n’a le moins besoin et on tente d’avoir pour le moins cher possible ce qui nous fait le plus plaisir. Le point central est donc devenu le profit. « Faire de l’argent » est un mot d’ordre universel. Et il n’est plus une contrée au monde qui y échappe.


Philosophie

Il faut constater qu’au fil des millénaires où notre civilisation s’est formée, une double dérive s’est opérée et développée à mesure que la population s’est accrue. La dérive du communautarisme et celle du commerce. Et, nous le voyons bien, le communautarisme et le commerce sont les 2 plaies de l’Humanité. Du communautarisme naissent la xénophobie, l’homophobie, l’exclusion, l’ostracisme et aussi le sectarisme … ou encore les querelles inter-religieuses qui se transforment en guerres de religions. Dans le même temps, notre façon de faire du commerce a tari en nous le côté altruiste et hypertrophié l’égoïsme. De là aussi sont nées de nombreuses guerres (cette fois liées aux volontés d’hégémonie, d’expansion, de pouvoir… pour posséder plus et pour régner sur plus de monde, donc pour soumettre plus).

Il est à noter, tout de même, que des idées de tolérance, d’égalité, de fraternité, de justice… sont également nées et se sont développées jusqu’à finir (non sans mal) par donner naissance à la Démocratie et, qui plus est, à la notion de République Laïque. C’est un grand progrès de l’Humanité, même s’il a fallu passer par tout ce bain de sang, ô combien regrettable, pour y arriver. Car une république laïque englobe plusieurs communautés en les traitant toutes (en théorie) de manière égale.

A présent, il est grandement temps de franchir une étape supplémentaire : re-fonder complètement l’organisation sociale afin qu’elle soit réellement juste et humaine.


Le méta-modèle

Alors, qu’est-ce qui est juste et humain ?

Nous avons vu que certaines caractéristiques humaines se développent « naturellement » et donnent naissance à ce qui s’avèrera être une tare pour l’humanité : il est naturel de former des communautés et il est naturel de vouloir prendre le dessus sur son prochain… Mais nous sommes aussi une société organisée qui sait réfléchir et mettre en place des mécanismes pour endiguer les tendances « naturelles » des uns et malsaines pour l’ensemble. Or, nous ne pouvons plus nous permettre de proposer un modèle de société classique car ce-dernier ne peut rien endiguer, il ne peut rien empêcher ; il peut seulement générer de nouvelles frustrations. Car un modèle de société n’est que l’établissement d’un nouveau communautarisme. Il apparait donc clairement que les notions de Gauche et de Droite sont devenues obsolètes.

Ce qu’il faut, c’est une organisation où aucune communauté n’est privilégiée et où l’appât du gain n’est pas encouragé. Il ne faut donc pas proposer un nouveau modèle (qui serait synonyme de nouvelle communauté), mais plutôt un « méta-modèle », qui serait un ensemble de règles visant à gérer les communautés sans discrimination et sans leur donner plus d’importance que nécessaire.

Or, cela passe par la négation de la « représentation » sociale. En effet, si un individu devient le « représentant » d’une partie de la population ou, pire, de l’ensemble de la nation, on a accepté qu’il prenne notre destin entre ses mains et qu’il en fasse ce qu’il veut.

Ceci, combiné avec le fait que le commerce est un jeu qui favorise les truands et, où des « arbitres » doivent s’activer pour que le jeu reste un tant soi peu « correct », ne peut conduire que là où on en est (et d’où j’aimerais bien sortir).

Ma réponse à tout cela s’appelle « holocratie ».

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Published by Dragan Matic - dans Prises de conscience
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commentaires

gg_tk 27/10/2011 01:04


Très bel article, fort instructif, et rappelant un certain nombre de choses pouvant couler de source mais par trop souvent oubliées ou négligées (notamment la construction unique et subjective de
notre vision du monde...)

J'aime beaucoup le concept de "méta-modèle", qui se rapprocherait aussi de ce que je tente de faire avec Codename Utopia (même si je préfère ne pas parler de "modèle" du tout, mais "d'ensemble
d'idées et propositions cohérentes entre elles"). "méta-société" pourrait aussi être sympa, dans le sens "d'une société respectant certaines valeurs et certains pré-requis, mais pouvant fortement
évoluer au fil du temps par l'action de ses citoyens". J'te le piquerait ptet à l'occasion :D

Sinon, juste un truc sur lequel je ne suis pas tout à fait d'accord : le fait que l'homme serait "mauvais" (ou même "bon") de par nature. L'homme peut être "mauvais" ou "bon" (ces deux termes
n'étant eux-mêmes pas objectifs, puisque le Bien et le Mal n'existent pas...) selon le contexte, son éducation, etc. Mais il n'a pas plus de "mauvais penchants" ou plus de "bons penchants" par
défaut. En revanche, comme tu le dis si bien, même si l'homme était mauvais par essence - ce qui est l'un des arguments avancés par les libéraux pour justifier l'existence d'un système égoïste et
malsain -, il vaudrait justement mieux mettre en place des mécanismes permettant d'endiguer ces tendances, plutôt que de les encourager.

Voilà, ce sera tout pour le moment. Je partage :)


Dragan Matic 27/10/2011 08:24



Salut GG !


Merci pour toutes tes remarques.


Alors, sur l'aspect "modèle", dans mes premiers articles, j'insitais aussi pour dire que l'holocratie n'en était pas un. Seulement, dès lors qu'conceptualise, on est forcé de trouver un mot pour
décrire la chose... d'où "méta-modèle".


Pour le fait que l'homme n'est ni bon ni mauvais, là encore, je suis tout à fait de cet avis. Quand j'ai parlé de mauvais penchant, c'est bien sûr par rapport au résultat que ça donne sur ceux
qui les entourent.