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30 août 2009 7 30 /08 /août /2009 13:44

Voltaïre: Crandide ! Vous m'avez l'air tout désespéré. Que vous arrive-t-il ?

 

Crandide: Ah, Monsieur Voltaïre ! Ne m'en parlez pas. Quand on sait ce que je viens d'apprendre, on n'a plus envie de rien. On est tout juste bon à se pendre.

 

Voltaïre: Comme vous y allez ! Qu'avez-vous donc appris de si terrifiant ?

 

Crandide: Ah! Je préfère ne pas en parler. Je ne voudrais pas que votre moral en prenne un coup. Bercez-vous donc de vos douces illusions et profitez-en.

 

Voltaïre: Bah, vous savez, une même nouvelle peut rendre untel heureux et tel autre malheureux. Au printemps, les fleurs qui éclosent et les premiers rayons de soleil peuvent évoquer la naissance de la vie pour les uns, alors que, pour d'autres, c'est le début de nouvelles souffrances. L'automne est la saison où les feuilles tombent et les pluies reflètent la tristesse que peut évoquer cette petite mort selon beaucoup de gens, alors que, pour d'autres, ce sont de nouvelles couleurs dans les forêts et d'agréables feux de cheminées.

Moi, je suis d'un tempérament plutôt jovial. Et rien ne saurait assombrir mon horizon. Alors, vous pouvez tout me raconter.

 

Crandide: Soit. Mais, je vous préviens, ce ne sera pas facile à entendre.

 

Voltaïre: Ne vous inquiétez pas, je peux en supporter plus que ça.

 

Crandide: Soit. Imaginez donc le jeu suivant : mettons que j'aie des bonbons d'une valeur totale de 100K et que je les répartisse équitablement dans 100 boîtes ; je mets ces boîtes sur le marché en disant que demain elles vaudront bien plus cher ; tout le monde se précipite pour me les acheter 1K l'unité ; mais, comme il y a plus de demandeurs qu'il n'y a de boîtes, je fais monter les prix...

 

Voltaïre: Vous avez ainsi créé la bourse. Où est le problème ?

 

Crandide: Vous trouvez ça normal que je m'enrichisse ainsi rien qu'en revendant des choses que j'ai payées moins cher ?

 

Voltaïre: Si les gens sont assez stupides pour se faire avoir, ils ne peuvent s'en prendre qu'à eux-mêmes.

 

Crandide: Hmm. Mettons à présent que je mette dans une seule boîte un billet de 10K, rien dans les autres et que je vende, comme auparavant mes 100 boîtes, 1K l'unité, en disant que celui qui tombe sur la bonne aura le pactole, j'aurais créé la loterie. Les perdants ne se plaindraient pas d'avoir perdu 1K (vu qu'ils connaissaient les règles du jeu et les avaient acceptées) et le gagnant serait heureux. Moi, j'aurais fait un bénéfice considérable de 90K que tout le monde estimera « honnête ».

 

Voltaïre: On peut même combiner la loterie avec la bourse ; cela permettrait de faire monter les enchères des boîtes vides... c'est encore plus drôle... Mais, mon ami, le simple fait de vendre implique plus-value, marge ou bénéfice. Autant de termes pour masquer le degré d'arnaque de la transaction. Notre monde est basé sur l'arnaque.

 

Crandide: C'est exactement cela. Mais vous, ça ne vous gêne pas plus que ça.

 

Voltaïre: Les gens acceptent de se faire arnaquer parce qu'ils espèrent eux-mêmes arnaquer les autres. Et, tant qu'ils y trouvent leur compte, ils ne s'en plaignent pas. Mais, dès qu'ils se voient lésés, ils crient au scandale. Pour moi, ils n'ont que ce qu'ils méritent.

 

Crandide: Ah, mais si vous voyiez comment la majorité des gens se trouve dans la misère et à la merci d'une poignée d'individus qui se frottent les mains, vous comprendriez le guet-apens dans lequel on est tombé. Car toutes ces transactions nous conduisent à faire des emprunts qu'il faudra rembourser avec des intérêts. Et là, c'est le début de la catastrophe. Car, l'argent qu'il faut pour payer les intérêts n'existe pas. Cela nous conduit inévitablement à la banqueroute... C'est ce qui nous a menés à la crise.

 

Voltaïre: Il y a cependant un fait que vous ne semblez pas connaître, vu que vous ne le mentionnez pas : La monnaie est créée à partir de la dette.

 

Crandide: Comment ça, à partir de la dette ?

 

Voltaïre: Hé bien, avant, la masse monétaire représentait la valeur de métal précieux, comme l'or, qu'un Etat avait en réserve. On appelait ça, l'étalon-or. Si on augmentait la masse monétaire, chaque billet était dévalué, vu que la quantité d'or en réserve n'a pas changé. C'était l'inflation.

Maintenant, l'argent est créé dès lors qu'une promesse de remboursement d'un emprunt est signée. Autrement dit, en réserve, ce n'est plus de l'or que l'on a, mais des dossiers d'emprunts ; c'est l'étalon-dette en quelque sorte. Donc, si nous voulons avoir de la liquidité, il faut faire des emprunts...*

 

Crandide: ... qu'il faut rembourser avec des intérêts qui représentent l'argent qui n'existe pas...

 

Voltaïre: ... et qui nous poussent à contracter de nouvelles dettes... C'est un processus qui va croissant. Et cela croît même de façon exponentielle.

 

Crandide: Et il n'y a aucun moyen de faire marche arrière. C'est ce qui me plonge dans la plus profonde des dépressions.

 

Voltaïre: C'est sûr que nous, pauvres gens, nous n'avons pas les rênes entre les mains ; nous sommes à la merci de la politique de ceux qui nous dirigent. Mais, c'est justement le moment ou jamais de leur dire : stop ! Il faut leur montrer que leur jeu a, non seulement, été injuste dès sa mise en service, mais qu'il nous a tous mené au désastre. Tout a été converti en argent, nos moindres actions comme les plus grandes catastrophes naturelles – à propos, une catastrophe naturelle est une aubaine pour les autorités, parce que cela représente des emprunts, donc de l'argent à créer.

Toute logique humaine est faussée à cause de la logique monétaire. C'est pour ça que le monde tourne de travers.

 

Crandide: Mais que peut-on donc faire ?

 

Voltaïre: Il faut tout bonnement redéfinir la monnaie. Créer un autre genre de monnaie...

 

* Cette partie de la fiction est tirée de la réalité. Pour plus d'information, on peut se référer à un petit livret de la Federal Reserve Bank of Chicago intitulé Modern Money Mechanics.

 

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Published by Dragan Matic - dans Divers
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