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31 juillet 2009 5 31 /07 /juillet /2009 18:23

Alexey, qui est un sage, tout autant qu'il est un remarquable scientifique, ne dit pas « ton modèle, ça ne marchera jamais », mais plutôt « imaginons qu'il soit en place et voyons si ça tient la route »…

Alexey pense qu'il n'existe que 2 pôles sociaux, et qu'un modèle, quel qu'il soit, est forcément attiré, comme un aimant, par l'un des 2. Ces 2 pôles, on pourrait les appeler, pour se fixer les idées, "communisme" et "capitalisme". Le communisme, dans sa finalité extrême, veut abolir l'argent (la base de tous les maux), ce qui nous conduit inévitablement à échanger par le troc, et à mettre en place toute une bureaucratie visant à surveiller le bon fonctionnement de la machine, alors que le capitalisme, dans son application la plus extrême, nous conduit jusqu'à chercher à gagner de l'argent en vendant de l'argent (et les informaticiens savent à quel point une telle récursivité peut être dangereuse ; d'ailleurs, si cela n'avait pas été clair jusqu'à présent, on en a la preuve de nos jours).

Ma thèse est qu'il est possible de résister à l'attraction de ces 2 puissants aimants.
Alors voici (synthétisées) les argumentations qui se sont échangées entre Alexey et moi.


Alexey: Si j'ai bien compris, dans ton système, une boîte noire crée de l'argent, l'injecte dans les entreprises qui le distribueront aux employés, alors que les magasins les récolteront pour les rendre à la boîte noire…

Dragan: Non, pas complètement. Chez moi, il n'y a pas de transfert d'argent d'un organisme à un autre. Pour parler clairement, disons qu'il existe 3 entités:

  • le produit, qui est le résultat d'une activité

  • l'organisme (en général, une entreprise) qui est en mesure d'effectuer une activité pour produire quelque chose (un bien matériel ou un service)

  • L'individu qui fait partie d'un ou plusieurs de ces organismes à un moment donné*

Partant de là, je définis les règles suivantes:

  • règle n°1: il ne peut y avoir d'échange (commerce) direct entre 2 organismes, entre 2 individus ou entre 2 produits

  • règle n°2: une fois le produit créé par un organisme, ce-dernier reçoit une rétribution d'un montant préalablement fixé, et, à partir de là, le produit ne lui appartient plus

  • règle n°3: un produit peut être destiné à un organisme ou à un individu, mais une fois qu'il a été destiné à l'un des 2, il ne pourra plus être acheté par l'autre

  • règle n°4: ni un organisme ni un individu n'est habilité à vendre un produit ; celui-ci est mis en vente par la collectivité

  • règle n°5: un organisme ou un individu ne peut acheter qu'un produit qui lui est dédié.

Ainsi, il n'est possible pour un individu d'être rémunéré que par l'intermédiaire d'un organisme destiné à fournir un service ou un bien (les 2 étant des produits). Par ailleurs, un produit ne peut être vendu par personne, si ce n'est la collectivité, c'est-à-dire, nous tous.

Alexey: Ça veut dire que je ne peux pas m'enrichir en revendant le produit que j'ai acheté. Mais, si je viens d'acheter une voiture rouge et que ma femme me dit qu'elle la voulait en vert, je dois la jeter et en acheter une autre.

Dragan: Non. Chaque produit a une durée de vie ; si tu le restitues à un moment donné, tu es crédité de la somme qu'il vaut encore à ce moment-là. Donc, tu pourras aisément échanger ta voiture rouge contre une verte sans avoir rien perdu.

Alexey: Et si je l'ai acheté à crédit ? Ça existe, le crédit ?

Dragan: Oui. Acheter un produit au comptant signifie de payer la valeur de son utilisation pour toute sa durée de vie estimée. Payer à crédit, signifie ne payer que son utilisation pour le mois écoulé. Si tu restitues le produit au bout d'un moment, tu n'as simplement plus rien à payer, et le prochain acheteur ne devra payer que le restant de sa valeur estimée (qui pourrait, par ailleurs, être réévaluée à l'occasion).

Alexey: Mais, si j'ai découvert une mine d'or, je ne vais tout de même pas la donner à la communauté. Je voudrais en tirer quelque bénéfice.

Dragan: Bon, là c'est la société qui décide. On pourrait appeler ça "orientations politiques". Et la population serait libre de choisir les siennes. Cependant, ce n'est pas parce que l'or t'appartient, que tu seras riche. Il faut en faire quelque chose. Tu dois déclarer une activité en relation avec cet or, qui sera rémunérée selon les lois du marché...

Alexey: Cela pourrait consister à livrer l'or au joailler, par exemple. Mais, dans ce cas, je crains que mon salaire ne serait pas énorme.

Dragan: Si tu arrives à faire valoir que tu coures un certain danger à transporter ton or… tu peux faire monter les prix. Mais, à ta place, je commencerais par créer une entreprise d'extraction des pépites...

Alexey: A propos, comment ça marche les prix ? Qui fixe mon salaire et qui fixe le prix des marchandises ?
 

Dragan: En gros, il y a 2 types de Bourses : la Bourse de Activités et la Bourse des Produits. Elles sont indépendantes. Alors, imaginons que tu cherches un emploi...

Alexey: Oui. Je veux être le patron d'une grande boîte. Et je veux être bien payé, pour vivre confortablement.

Dragan: Là, si la boîte existe déjà, il y a 3 acteurs.

  • en premier lieu, il y a les employés

  • ensuite, il y a ceux qui travaillent en tant que fournisseurs pour cette boîte

  • et enfin, les autres, qui sont consommateurs potentiels (tous ceux qui se sentent concernés par ta candidature)

Les premiers ont le plus de poids dans les décisions (ce sont les principaux intéressés), ensuite ce sont les fournisseurs et enfin ce sont les autres. Chacun vote donc (s'il en a envie) et selon la catégorie à laquelle le votant appartient, sa voix compte simple, double ou triple. On fait la moyenne, et ton salaire sera fixé.

Alexey: Et si la boîte n'existe pas, il n'y a que 2 catégories ?

Dragan: Oui, et pour le produit, devant la Bourse des Produits, il n'y a qu'une catégorie, ce sont les consommateurs (individus, car les entreprises ne votent pas)...

Mais, je précise ici que tout ça, ce n'est qu'une proposition qui me semble logique et équitable, mais il faudrait en discuter avec tous ceux qui auraient envie de prendre part à l'élaboration d'un tel système.

Alexey: Soit. Moi, ce que je veux, c'est de savoir s'il existe vraiment quelque chose qui soit entre le capitalisme et le communisme. Et, pour le moment, j'ai entendu le mot "communauté", mais tu t'en es bien sorti...

Dragan: La communauté, chez moi, est une entité abstraite. Il n'y a pas un gars élu ou désigné, pour être le garant du bon fonctionnement de la communauté.

Alexey: Comment être sûr qu'elle fonctionne bien alors ?

Dragan: On n'est pas obligé d'être sûr. On vit. On décide ce qui nous semble être bon, au jour le jour. On est humain. On n'est pas une machine qui doit planifier quoi que ce soit.

Alexey: Et comment être sûr que quelqu'un ne viendra pas un jour dire : « bon assez joué ; maintenant, c'est moi qui prends les choses en main » ?

Dragan: En principe, les gardes-fous dont j'ai déjà parlé dans la présentation de l'holocratie, sont justement là pour que ce genre de scénario ne se produise pas. Mais, tu sais bien qu'on ne peut être sûr de rien.

Alexey: Ok. Je voudrais revenir un instant sur un point sur lequel tu es passé en vitesse : dans ta règle 5, tu as dit que l'organisme ou l'individu peut acheter un produit. L'organisme ? Il a de l'argent ?

Dragan: Oui. Une entreprise qui a obtenu du peuple l'autorisation d'exister, a également obtenu, par là-même, un certain capital lui permettant d'exister. Elle pourra acheter les locaux, le mobilier, les outils... qui sont nécessaires à son bon fonctionnement. Et son activité aura pour conséquence de lui faire gagner de l'argent qu'elle investira comme ses responsables en décideront.

Alexey: Est-ce que les responsables peuvent décider d'empocher les bénéfices ?

Dragan: L'argent d'une entreprise n'est pas équivalent à l'agent d'un particulier. C'est pourquoi, dans la règle 3, si un produit est destiné à l'un, il ne peut plus être acheté par l'autre. Il n'y a donc pas de possibilité de transfert.

Alexey: Et dans cette partie de tes explications, j'ai entendu le mot "capital", donc, tu puises dans les 2 râteliers, tout en prenant garde de ne pas te précipiter vers l'un ou l'autre.

Bien. Je dirais que tu es encore en sursis. Je n'ai pas encore trouvé la faille à ton système. Alors, à la prochaine.




*L'individu n'est pas lié à une entreprise. De nos jours, on a tendance à s'y attacher par peur du chômage. Mais, dans une société équitable, comme j'espère en voir un jour, cette notion de chômage ne devrait tout bonnement pas exister.

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Published by Dragan Matic - dans Vos commentaires
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commentaires

Dragan Matic 28/03/2010 20:30


PS:
Après avoir parcouru votre site, il m'apparait qu'une autre "holocratie" semble plus appropriée à vos centres d'intérêt. Il s'agit de "holocracy" en entreprise: http://www.holacracy.org/


Christine 28/03/2010 11:29


Bonjour,
Merci pour votre blog et vos écrits. Existe-t-il un livre sur l'holocratie??? Donnant notamment des méthodes pour la mettre en place? Merci pour votre réponse.


Dragan Matic 28/03/2010 20:02



Bonjour Christine,


Merci à vous pour l'intérêt que vous porter à l'holocratie. Actuellement, il existe bien un manifeste de l'holocratie qu'on peut trouver sur ce lien: manifeste.


Mais il s'agit d'une "première mouture". Je travaille encore sur la version suivante, mais vous pouvez trouver l'état d'avancement en allant sur le lien suivant: manifeste2.


N'hésitez pas à me laisser vos commentaires. Ils sont toujours les bienvenus car ils me me permettent d'argumenter mes idées de manière plus adéquate et de voir où je dois plus développer...



johann 25/10/2009 20:44


Salut Dragan, tu pourrais être intéressé par le principe de la monnaie libre :

flowplace.webnode.com

Cordialement


Dragan Matic 26/10/2009 17:32


Magnifique !
Il existe donc déjà un support pour contrétiser l'holocratie
Merci pour ce lien.


johann 08/10/2009 09:17


Il y a un problème d'affichage. Les citations que j'avais faite étaient les suivantes :
- En holocratie [...] il n'y a pas de dirigeants à proprement parler, puisqu'ils n'ont qu'un pouvoir de conseillers.

- le système encourage notre avidité naturelle
- au lieu de la freiner
- si le système joue un rôle de régulateur au lieu de laisser filer vers plus de démesure, l'émancipation générale arrive automatiquement.


Dragan Matic 08/10/2009 19:30



Quand tu dis « la limitation du capital revient à la limitation du pouvoir d'influence » Nous sommes absolument d'accord.


Sinon, tu voulais que je commente les points suivants:




En holocratie [...] il n'y a pas de dirigeants à proprement parler, puisqu'ils n'ont qu'un pouvoir de conseillers.




Comme tu as pu le constater en lisant les quelques articles de ce blog, l'holocratie est avant tout une proposition de changement des règles d'échanges commerciaux. Et, évidemment, du coup,
cela change le fonctionnement de toute la société. Et, ce que je vois comme truc équitable se rapproche de ce que tu as appelé « démocratie représentative » ou
« anarchosyndicalisme », pourquoi pas (officiellement l'holocratie n'existe pas ou alors, seulement sur ce blog). Donc, comme il me paraît plus « équitable » qu'il n'y ait pas
de hiérarchie au-dessus de ma tête, qui me dicte ce que j'ai à faire (surtout, si c'est pour prendre des décisions qui vont anéantir l'avenir de mes enfants), je suggère qu'il n'y ait pas de
dirigeant. Mais, comme je suis aussi raisonnable et que je sais qu'il faut gérer une société avec une certaine cohérence, il doit y avoir des gens qui jouent ce rôle de coordinateurs. Comment
concilier les 2 ?


Pour moi, la réponse serait du type : les « dirigeants » proposent, le peuple dispose.




le système encourage notre avidité naturelle




Ici, quand je parle du système, c'est notre monde actuel notre « société de consommation ». Là, l'avidité va dans les 2 sens : le vendeur veut amasser un maximum de fric, le
plus vite possible et il vante ses produits au consommation, qui joue le jeu à fond en voulant, à tout prix, avoir le dernier iPhone ou le dernier Gothic, etc. En nous titillant avec ses pubs, le
vendeur sait activer en nous ce désir insatiable de posséder der gadgets, en même temps que, lui, il satisfait son désir insatiable de remplir son compte en banque.




au lieu de la freiner




si le système joue un rôle de régulateur au lieu de laisser filer vers plus de démesure, l'émancipation générale arrive automatiquement




Il devient évident qu'on doive arrêter ça. Mais, tout aussi clairement, on sait que ce n'est pas faisable. Et, tant qu'on n'aura pas changé les règles du jeu, même si on arrête tout et qu'on
redistribue les cartes, on reviendra au même point. Pour moi, il serait sensé, et largement temps aussi, de penser à quelque chose de différent, quelque chose où la mécanique du jeu ne permette
pas à la société de s'emballer comme elle le fait actuellement.


Ce n'est que du bon sens. Mais, le bon sens confronté aux intérêts égoïstes des uns et des autres, ne pèse pas lourd.



johann 08/10/2009 09:15


Disons que les deux problèmes que j'avance, je les reformule en termes "modernes". Mais je les vois quelque part intemporels. La limitation du capital revient à la limitation du pouvoir
d'influence. Je pense que cela est indispensable parce que ceux qui ont du pouvoir peuvent faire en sorte d'en acquérir toujours plus, puisqu'ils ont des moyens d'influences plus grands.

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C'est-à-dire ?