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11 juin 2009 4 11 /06 /juin /2009 12:23
 

Un animateur (le chairman), présente le nouveau président : M. Notrecheff.

On applaudit et il prend la parole. Il place quelques mots pour saluer le président sortant et pour souligner que, dorénavant, c'est à lui qu'on aura affaire.

A-t-il été élu démocratiquement ?

A vrai dire, peu importe. Il avait envie d'être là. Il s'est battu pour avoir cette place. Il a su faire ce qu'il fallait pour l'occuper. Et maintenant, il est là.

Alors il nous parle. Il nous dit comment il voit le monde...

Ça va être merveilleux. Il est là pour le rendre meilleur. Tous les matins qu'il se lève, il a le sentiment qu'il accomplira un prodige. Par moments, ce sera dur, par moments, ce sera très dur. Mais il sait qu'on y arrivera. Ensemble. Car, avec nous tout est possible. Il le sait.

Nous, nous sommes les piliers de sa société. Nous sommes la force. Nous sommes le courage. Nous sommes l'amour... et, ensemble, si nous faisons bien tout ce qu'il nous dit, nous y arriverons.

A quoi, au fait ?

Ben... à sortir de la crise. Il l'a dit : cette crise est très difficile à supporter, mais nous en ressortirons grandis. Il a même dit que la crise était une chance pour que nous prenions notre envol au-delà de toutes nos espérances. Alors...

Alors, nous écoutons religieusement, et nous nous mettons à rêver. Avec lui à notre tête, on n'a plus rien à craindre. Tout ira pour le mieux. Ce sera tellement beau.

A tel point qu'une question dérangeante de la part d'un de nos concitoyens nous perturbe et nous irrite, comme si nous-mêmes, nous étions M. Notrecheff.

« Si j'ai bien compris, vous nous demandez de faire des efforts pour que le pays se porte mieux, mais quel bénéfice en tirerons-nous personnellement ? »

Quel malotru. Il ose défier ce brave homme qui veut nous aider, nous sauver de la crise. Que croit-il donc ?

M. Notrecheff le regarde d'un œil perçant. S'il avait une mitraillette à la place des yeux, notre trouble-fête aurait été criblé de balles.

« Vous ne posez pas là une question. Vous défiez simplement mon autorité... te, te, teup ! Ne m'interrompez pas. Restez poli. Moi, j'ai été poli. Je vous ai écouté. Alors, maintenant, veuillez avoir l'obligeance d'en faire autant. »

Ha ! Ça, c'est bien envoyé !

Pour être honnête, je n'ai pas bien compris ce que M. Notrecheff a répondu, mais de toute façon, notre perturbateur n'a pas voulu en rester là. Et il continuait d'attaquer avec ses questions insidieuses. A tel point que le chairman a dû intervenir. Nous n'avons malheureusement pas le temps de traiter en détail tous les points, car d'autres questions nous attendent et nous sommes déjà en retard.

Et voilà. L'incident est clos.

 

Cette petite histoire n'est qu'une pure fiction. Vous pensez bien. Dans la réalité, les choses ne se passent pas comme ça.

Dans ma fiction, M. Notrecheff touche un salaire mirobolant et a des allures à peine voilées de petit dictateur. Dans la réalité, on n'a jamais vu ça.

Dans ma fiction, ce qu'il dit pour motiver les troupes, ne sont que des boniments, et il n'a que faire du bien-être de ses concitoyens. Alors que dans la réalité, les politiciens sont voués corps et âme à la cause du plus démuni d'entre nous.

Dans ma fiction, crise ou pas crise, ceux qui nous dirigent se portent bien et pleurnichent sur la gravité de la situation qu'ils ont eux-mêmes provoquée. Dans la réalité, nos politiciens sont honnêtes et vont même jusqu'à donner leur chemise aux plus défavorisés que la crise aurait touchés de plein fouet.

Vous avez raison, nous vivons dans un monde idyllique. Ne changeons rien.

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Published by Dragan Matic - dans Impertinences du jour
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