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17 mai 2016 2 17 /05 /mai /2016 18:56

 

Permets-moi, chère lectrice, cher lecteur, de revenir sur le bouquin de Marianne Chaillan Game of Thrones: une métaphysique des meurtres dont j'ai déjà parlé précédemment (c'est que je suis un peu plus loin dans la lecture et que ce que je lis me fait toujours autant bondir).

Le livre est découpé en 3 parties. On y aborde, respectivement, la morale, la spiritualité et la politique. Et pour chaque sujet, on trouve des protagonistes qui vont s'opposer. Le déontologisme de Kant face au conséquentialisme (ou utilitarisme) de Bentham (avec un troisième personnage, qualifié d'utilitariste minimaliste, Ogien, qui devait être introduit pour représenter un conséquentialisme plus modéré). Le matérialisme à la Lucrèce face au dualisme à la Platon, etc.

Alors, je ne sais pas si c'est moi, mais ce qui transparait au travers de la prose de Mme Chaillan, c'est que tous les philosophes qui ont marqué notre civilisation et, par suite, tous les politiciens et décideurs du monde entier se trompent.

 

Ça doit être moi.

N'empêche, je ne peux m'empêcher de penser que les raisonnements exposés tout au long du livre sont trop binaires et tout bonnement faux. Et quand je pense que toute notre société s'est fondée sur un amas de syllogismes de cet acabit, ce n'est pas étonnant qu'on en est là où on en est.

Prenons la morale. J'en ai déjà parlé un peu dans l'article auquel je me suis référé plus haut. Quand on nous dit qu'on n'agit que de façon conforme à la déontologie selon Kant ou l'utilitarisme à la Benham, on se trompe. Quand on dit, par ailleurs, qu'on est soit matérialiste comme Lucrèce ou dualiste comme Platon, déterministe comme Diodore ou pourvu de libre-arbitre comme nous le suggère Sartre, on se trompe. Croyant comme Kierkegaard ou athée comme Freud, Nietzsche etc., on se trompe … et on pourrait continuer comme ça tout le long. Mais tu aimerais savoir en quoi on se trompe tant. Hé bien vais te le dire.

 

Selon moi, on prend les choses – et ce, depuis des millénaires – par le mauvais bout. La philosophie semble être l'art de mettre la charrue devant les bœufs. On demande : « crois-tu en Dieu ? » ou « Dieu existe-t-il ? » ou « es-tu matérialiste ou dualiste ? » (après nous avoir expliqué que le dualisme était la croyance en une âme séparée de la matière dont est composé notre corps).

En réalité, l'athéisme de Nietzsche n'est qu'une étude (très) critique du comportement humain face à la question de l'au-delà – c'est une sociologie des religions.

Si on veut vraiment avancer dans le bon sens, il ne faut pas se poser les questions telles que les présente le livre ou telles qu'elles pourraient se poser en suivant la série Game of Thrones (dont il est question dans le bouquin), mais les suivantes : « que représente ”Dieu” pour moi ? », « que signifie exister ? », « qu'est-ce que la matière ? » ou « peut-on définir quelque chose qui serait une âme ? ». Et comme ces questions n'ont pas de réponse définitive, chacun aurait la sienne (ou pas). Mais surtout, chacun accepterait que celle des autres a autant de valeur que la sienne propre. On n'aurait pas besoin d'égorger les impies.

Mais on est habitué à adhérer aux histoires des autres et à se laisser emporter par elles et ceux qui les racontent. Et c'est ainsi qu'on devient un -iste et qu'on est prêt à prendre les armes pour défendre tous les -istes et épurer le monde de tous les non-istes.

Les histoires auxquelles on adhère, on les appelle religion, mais on les appelle également morale ou loi ou patriotisme, etc.

Quand on adhère à une histoire, on n'est plus un être humain à part entière ; on devient le soldat du narrateur, son fidèle, son sujet, etc.

 

Un autre point relevé dans le livre de Mme Chaillan : la politique. Là, elle nous dit qu'il y a le libéralisme de Locke et le totalitarisme de Hobbes. Dans le premier cas, on part du principe que l'homme est naturellement bon, et donc, avec optimisme, on peut laisser la société s'auto-réguler de façon libérale. Dans le second cas, l'homme est naturellement mauvais et il faut un Etat fort dont on aurait peur afin que l'ordre règne. Or, pour bien régner, rien de tel que de suivre les précieux conseil de Machiavel …

A moins qu'un être sublime, d'une vertu et d'une sagesse exemplaires (l'idéal de Kant) ne vienne diriger le monde.

 

Mais là encore, je pense qu'il y a une troisième voie.

L'homme n'est ni naturellement bon ni naturellement mauvais, mais il s'adapte à merveille à son environnement. Et c'est ce-dernier qui le poussera à (ré-)agir, rendant ainsi ses actions bonnes ou mauvaises. Mais ces jugements de valeurs ne sont que les réflexions a posteriori de ses actions.

Et donc, si on arrive à organiser la société de telle sorte que l'environnement soit régulateur plutôt que destructeur, l'idéal de Kant serait atteint sans avoir recours à un tel être sublime.

 

Il ne t'a pas échappé … que tout t'échappe. Parce que tu ne décides de rien. Parce que tu laisses faire, pire, tu encourages les autres à décider pour toi. Ces quelques lignes en sont la démonstration.

 

 

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Published by Dragan Matic
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