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11 avril 2016 1 11 /04 /avril /2016 21:24

L'autre jour, dans ONPC, il y a eu des échanges intéressants, d'abord avec Caroline de Haas et puis avec Aymeric Caron, qui me poussent à réagir.

 

Dans l'ensemble, aussi bien Mme de Haas que M. Caron ont été captivants et ils donnaient envie d'adhérer à leurs idées. Mais je dois dire que le charme s'est rompu par deux fois. D'abord par Caroline de Haas qui soutenait mordicus qu'il fallait rétablir la loi pénalisant les clients des prostituées. Et ensuite par Aymeric Caron pour qui la cause des animaux va jusqu'à le pousser à des extrémités.

 

Le problème des penseurs(-euses) de toutes les époques et dans tous les domaines, que ce soit les politiciens(-ennes), les chroniqueurs(-euses), les journalistes(-istes) ou celles et ceux qui s’appuient sur la philosophie ou même sur les sciences dites exactes, est qu’ils travaillent tous en partant du postulat : « il n’existe qu’une vérité » et, quand ils(elles) pensent l'avoir trouvée : « je la détiens ». Alors qu’ils devraient dire, pour bien faire : « il n’existe aucune vérité mais j’en propose une ».

 

Pour revenir aux prostituées de Caroline, son point de vue est compréhensible, mais on peut tout aussi bien dire que le client est autant victime que la prostituée et que c'est tout le réseau de la prostitution qu'il faut démanteler. De la même façon, on peut également modérer les propos des antispécistes.

 

Ceux qui prétendent, comme Léa Salamé : « je vaux plus qu’un moustique », développent leur raisonnement à partir de l'émotionnel. C’est du même ordre que l’exemple de Caron avec le chien et les nazis sur un bateau : une situation nous pousse à prendre une décision qui conduit à un conflit intérieur à cause de l’organisation arbitraire de nos idées déjà en place (organisation sur laquelle on s’appuie pour assener nos convictions comme autant d’éléments de Vérité). Et dans ce cas, c’est l’affect, l’émotionnel, qui tranchera. Certains choisiront de sauver le chien parce qu’ils ont plus d’empathie pour lui, d’autres, moins sensibles vis-à-vis des animaux et surtout plus attachés à leur idéologie prônant que l’homme, quel qu’il soit, est supérieur à l’animal, choisiront peut-être de jeter le chien par-dessus bord.

Remarquons au passage que celles et ceux dont les réactions sont plus guidées par l’émotion que par le raisonnement, ont plus de chances de se contredire, car l’émotion est changeante. Elle est toujours dépendante de la situation observée d’une part et de notre humeur d’autre part. Si on se base sur la « logique froide » pour établir nos jugements, ceux-ci auront une plus grande stabilité, ce qui nous donnera le sentiment d’être dans le vrai. Parce que, pense-t-on, la vérité est universelle : ce qui est vrai un jour l’est toujours. Cependant, rien n’est vrai de façon absolue. Je le répète : le seul postulat acceptable, parce que le plus universel et le plus respectueux des êtres pensants, est qu’il n’existe pas de vérité absolue, mais qu’en tant que penseurs(-euses), nous en proposons une, et nous faisons tout pour convaincre nos pairs de se rallier à notre cause. C’est quand le seuil d’une masse critique d’adhérents à une idée est dépassé que cette idée devient la Vérité. Vérité du moment. Jusqu’au jour où une autre idée viendra détrôner la précédente.

 

Alors quand Yann Moix dit que la science ne pense pas (contrairement à la philosophie), Caron a raison de lui rétorquer qu'elle aide à penser (de façon logique et en se basant sur l'observation, contrairement à la philosophie, pourrait-on encore ajouter). Seulement, dans cet échange, les deux ont tord. Parce qu'ils ne voient pas qu'aucun des raisonnements imaginable n'est absolu. Et ce n'est qu'au moment où on reconnaîtra ça que la société pourra réellement évoluer. D'ici là, nous continuerons à subir les décisions prises de façon abusive par une poignée de gens, pour toute la société.

 

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Published by Dragan Matic
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Sam Fichier 19/04/2016 19:21

Excuse-moi de te demander pardon mais c'est un peu alambiqué tout ça.
A ton avis, si un lion tue une gazelle, doit-il aller en prison ?
Parce que si on veut être antispéciste, que tous les animaux ont les mêmes droits et les mêmes devoirs, le lion doit payer pour ses méfaits, non ?

Dragan Matic 19/04/2016 19:38

Hello Sam,
Merci pour ton commentaire. Le ton est un peu irrévérencieux mais amusant et ton avis est très judicieux. Mais ça rejoint exactement ce que j'ai essayé d'expliquer dans cet article. A force de raisonner en s'appuyant sur ses postulats, on peut arriver à des extrémités qui, si on les suit jusqu'au bout, devraient aboutir à condamner le lion ;)