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30 avril 2016 6 30 /04 /avril /2016 12:51

 

Le mouvement des “Lumières” allemand, avec Kant, nous enjoint d'oser penser par nous-mêmes. C'est ce que je n'ai jamais cessé de faire. Essaie aussi. Ça fait du bien.

 

Ici, c'est le livre “Game of Thrones, une métaphysique des meurtres” de Marianne Chaillan – quand, dès le début de son ouvrage, elle nous expose l'antagonisme entre le déontologisme de Kant et le conséquentialisme de Bentham –, qui me pousse à réagir.

 

Imagine la situation suivante : un train fonce à vive allure sur une voie, et toi, aiguilleur, tu apprends que ses freins ont lâché, que sur la voie 5 personnes sont attachées et sont donc vouées à mourir écrasées si tu ne fais rien, mais que, si tu actionnes la manette permettant de dévier la train vers une voie secondaire, sur celle-ci se trouve une personne également attachée.

Dilemme. Si tu ne fais rien, 5 personnes vont mourir ; si tu fais quelque chose, tu les sauveras, mais tu auras sur la conscience le meurtre d'une autre personne que tu auras sacrifiée intentionnellement. Et on fait appel à ton sens de la morale. Où se place-t-elle dans ce genre de situations ?

 

Dans l'encyclopédie Larousse, il est écrit que, pour les philosophes, “la morale répond à la question : que dois-je faire ?”.

Et, de fait, notre civilisation a tendance à nous imposer une morale. Nous apprenons très jeunes qu'il ne faut pas tuer, mentir, etc. Et quand je ne sais pas quel chemin choisir, je me tourne vers cette morale pour lui poser la question : “que dois-je faire ?”.

Or, souvent, je n'ai pas le temps d'attendre sa réponse et j'agis au mieux selon mes critères les plus secrètement enfouis en moi (critères qui sont le résultat de tout mon vécu, englobant ce qu'on m'a appris ainsi que les expériences que ma vie m'a conduit à faire).

 

La déontologie kantienne, autant que le conséquentialisme benthamien, sont des idéalisations de nos actes. Si tu penses que “la fin justifie les moyens”, tu ne juges que le résultat, donc les conséquences, alors que si tu es plutôt esthète et crois que ce qui compte, avant tout, c'est “l'art et la manière”, tu seras pourvu, dans ce modèle, de déontologie*.

 

Pour moi, la morale n'est pas la réponse à la question “que dois-je faire ?”. Elle est plutôt “la justification de ce que j'ai fait”. Dans le premier cas, c'est une morale subie ; dans le second, elle est choisie.

C'est, en effet, après-coup, que je tente une justification en cherchant ce qui, dans mon action, peut être qualifié de moral. Et, par la suite, si je suis en adéquation avec la morale communément admise, je serais bien jugé, alors que, dans le cas contraire, je serais blâmé.

Mais on peut aussi se dire que, sachant a priori que mes actes seront jugés a posteriori, un poids supplémentaire viendra compliquer ma tâche et donc influencera ma décision d'agir ou de laisser faire. Je ne suis donc pas tout seul face à ma manette, mais j'ai l'ensemble de la société qui me souffle ce que je devrais faire (ou plutôt, ce que je pense qu'elle me suggèrerait de faire).

In fine, c'est moi qui aurais agi, et non la société. Par contre, c'est elle qui me cataloguera déontologiste ou conséquentialiste et qui, surtout, me jugera. Et là, je serais à la merci du juge et des jurés. S'ils sont en majorité du même bord que moi (déontologiste ou conséquentialiste), je serais un héros et dans le cas contraire, un criminel.

 

En somme, dans mes actes, il y a une partie qui est guidée par une morale subie (la morale des autres, celle qu'on m'a inculquée) et une autre partie que j'aurais choisie et qui vise à me positionner de la façon la plus confortable possible dans mon monde intérieur, celui que je me suis construit avec moi au centre. Puis, il y a mes juges qui me rappellent au monde construit autour et en dehors de moi.

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*C'est un peu comme au foot : l'Allemagne gagne en jouant mal, mais ils sont contents car c'est le résultat qui compte, et la France perd en jouant bien, et on est content car on a montré qu'on avait du style.

Maintenant, les choses ont évolué à cause des critiques qu'on a fait aux uns et aux autres. Du coup, les allemands jouent bien et les français jouent mal … sans que le résultat final ne change.

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Published by Dragan Matic
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