Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
8 février 2015 7 08 /02 /février /2015 14:36

En discutant avec les gens autour de moi, je me suis rendu compte que le mécanisme de fonctionnement des banques était loin d'être clair pour tout le monde. C'est vrai que c'est pas intuitif et on n'imagine pas vraiment tout ce qui se cache derrière les termes compliqués qu'ils utilisent.

Alors, c'est pas que je sois un expert – loin de là – mais comme j'ai à peu près compris le principe de base, je voudrais le partager avec vous.

 

  1. Tout d'abord, ton argent, quand il est dans un compte bancaire, c'est devenu l'argent d'une monnaie privée (celle de la banque dans laquelle tu as ton compte). C'est très important de comprendre ça. Quand il est écrit +100 sur ton compte, c'est de 100 d'une unité propre à ta banque qu'il s'agit. Et quand tu vas prendre un billet de 100€ au distributeur, ta banque débite les 100 de ton compte (qui sont les 100 unités de sa monnaie privée) et les convertit en billets pour te donner 100€.

    Alors, pour toi, ça peut sembler être un détail qu'on peut ignorer, mais c'est le début d'une énorme machinerie dont tu n'as pas idée.

     

  2. Deuxième chose : quand tu fais un virement du compte de ta banque A à quelqu'un qui est dans une autre banque que toi (banque B), vu que chacun à de l'argent privé (celui de sa propre banque), ce virement est vécu par B comme un avoir sur A. B n'a pas besoin de la monnaie privée de A, il voudra donc échanger cet avoir par quelque chose qui lui conviendra mieux. Alors, en fin de journée, quand toutes les transactions sont terminées, les banquiers se réunissent entre eux dans un truc qu'ils appellent la “Chambre de compensation”, où ils vont régler leurs dettes. Là, A fait le total de ce que B lui doit et B fait le total de ce que A lui doit, puis ils règlent, en fait, la différence dans une monnaie qui leur est commune, c'est-à-dire, en euros.

     

  3. Troisième chose : si tu empruntes de l'argent à ta banque, en réalité tu n'empruntes pas des euros, mais de l'argent privé de ta banque A. Et celle-ci te fait d'abord signer des papiers qui disent que tu dois lui rembourser la somme que tu as empruntée plus des intérêts, puis elle ajoute simplement la somme sur ton compte. Autrement dit, elle a créé de l'argent (privé) à partir de rien. Mais elle t'a lié à elle par ce contrat que tu as signé et qui lui donne le droit d'exiger un remboursement. Quand tu voudras te servir de cet argent privé – pour acheter une maison, par exemple – tu feras un virement de la somme à une autre banque. Et on retombe dans la configuration vue en 2. Tu crois avoir eu des euros et d'avoir payé ta maison en euros, mais en réalité, c'est l'argent privé de ta banque que tu as utilisé.

    Là c'est pareil qu'au début : tu t'en fous parce qu'en fin de compte tu as eu ce que tu voulais et peu importe de quelle manière ça s'est passé en interne. Mais en fait, sans le savoir, tu es enrôlé dans une machinerie infernale.

     

  4. La banque qui fabrique ces billets auxquels tu fais confiance (la Banque Centrale Européenne) est aussi une banque privée. Autrement dit, elle fonctionne exactement comme les autres. Elle crée de l'argent ex nihilo, seulement là, ce sont des billets imprimés qu'elle distribue à ceux qui sont autorisés à leur passer la commande (les Etats ou plus exactement, les banques dans lesquelles les Etats ont leur compte). Et le même mécanisme est en vigueur : ton pays a besoin d'argent liquide, alors il va signer une reconnaissance de dette à la BCE et celle-ci le lui fournit. Ton pays doit alors rembourser la somme obtenue plus des intérêts.

 

Le petit soucis est dans la dernière phrase. La BCE fabrique de l'argent à partir de rien, elle est la seule autorisée à le faire, ET elle exige un remboursement avec intérêts. Elle veut donc que tu lui donnes quelque chose qui n'existe pas (les billets correspondant aux intérêts n'ont pas été créés). Alors que peut faire l'Etat dans cette histoire ?

Soit il vend aux pays voisins plus qu'il n'achète pour dégager un excédant (ce qui revient à mettre ces pays voisins en difficulté), soit il doit contracter un nouvel emprunt pour rembourser une partie de l'ancienne dette.

Alors, quand on dit que certains sont mauvais gestionnaires et que, s'ils se sont mis dans les difficultés que l'on sait, c'est de leur faute, je pense qu'on va un peu vite en besogne. Qu'il y ait de mauvais gestionnaires, qu'il y ait des truands et tout ce qu'on veut, c'est une chose, mais même si tout était géré de la façon la plus digne, la plus correcte, la plus irréprochable qui soit, le problème subsisterait parce que, dès le départ, les dés sont pipés. Cette économie-là ne peut pas marcher. C'est juste une vaste fumisterie.

 

Une petite remarque pour finir : on dit souvent (surtout dans les pays à gestion irréprochable ou presque, comme l'Allemagne) “nous payons pour ceux qui font de la mauvaise gestion et pour ceux qui se mettent en difficulté à cause de la corruption de leur pays” ; en fait, ils ne devraient pas dire “nous payons” car ils ne payent rien du tout. C'est juste un jeu d'écritures bancaires qui finit par remplir les poches des “bons” gestionnaires et qui mettent les autres un peu plus dans la mouise.

Et dans tout ça, c'est le peuple qui en pâtit. Que ce soit ici ou là-bas, c'est au peuple qu'on fait croire qu'ils doivent rembourser la dette et qu'on justifie la précarité, les salaires qui ne décollent pas, le chômage, etc. Tout est issu de ces règles du jeu des banques qui font de nous ce qu'elles veulent.

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Dragan Matic
commenter cet article

commentaires