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26 février 2015 4 26 /02 /février /2015 20:25

Einstein s'est planté par deux fois. C'est pas pour lui jeter la pierre, bien au contraire, mais juste pour montrer que même pour un grand esprit comme lui, certains concepts sont difficiles à admettre ; c'est dire si, pour nous simples mortels, ça l'est encore plus. Or voilà, il a dit, d'une part, que Dieu ne jouait pas aux dés (pour signifier qu'à ses yeux l'univers ne pouvait être que déterministe et que toute autre alternative était bannie) et d'autre part, que quand il fermait les yeux, la lune continuait d'exister  Plus précisément, il aurait dit : “j'aime penser que la lune est là, même si je ne la regarde pas” - (pour s'opposer à l'idée selon laquelle le monde n'existerait pas s'il n'y avait personne pour l'observer).

 

Communément, un scientifique mesure, observe et calcule en faisant appel à son intuition pour élaborer un modèle. Puis, il vérifie que ses calculs collent avec les nouvelles observations. A la suite de quoi, le philosophe s'en mêle. Il triture un peu le modèle, en fait une théorie, voire une idéologie en faisant intervenir, lui aussi son intuition et beaucoup d'imagination. Ensuite vient le moraliste qui nous montrera dans cette vision du monde où est le bien et où est le mal.

C'est ainsi que le scientifique a observé que le soleil se levait à l'est et se couchait à l'ouest, que la nuit une sorte de voûte céleste venait se poser comme une cloche au-dessus de nous et se mettait à tourner autour d'un axe qui passait par une étoile fixe dite “polaire”. Il a observé, mesuré, calculé. Tout était correct.

Le philosophe a alors suggéré qu'ici-bas, où l'imperfection régnait, rien n'était vraiment rond, tandis que dans le ciel tout était divinement rond ; ici, les choses sont toutes faites à partir des 4 éléments de base (eau, terre, feu, air) et en haut, là où le divin règne, cela ne pouvait être qu'un 5e élément (l'éther). Et bien-entendu, la morale est vite venue se greffer là-dessus : au ciel, c'était le paradis et ici nous ne sommes que de pauvres pécheurs.

Mais voilà-t-il pas qu'un certain nombre d'énergumènes se mettent à poser des questions dérangeantes et à douter de notre beau modèle. Tout d'abord, il y a ces corps célestes qui ne semblaient pas accrochés comme tous les autres à la voûte et ne voulaient pas suivre le mouvement bien ordonné, bien rond, bien divin des autres mais, au contraire, allaient où bon leur semblait. On les a appelés “planètes”, qui signifie “astre errant”, pour cette raison. Evidemment, ils vivaient dans le royaume de Dieu, mais ils étaient manifestement moins divins que le reste des étoiles.

Il a fallu que les moralistes, les philosophes et même les scientifiques s'en mêlent d'urgence pour rétablir une cohérence dans tout ça. Et ce ne fut pas chose facile. Des calculs très compliqués avaient été faits pour déterminer la trajectoire des planètes et on était fier d'avoir amélioré le modèle pour y intégrer ces nouvelles entités. Il ne restait plus qu'à étendre l'idéologie et la morale en y ajoutant ces planètes.

Or, quelques petits malins, qui osaient se prétendre scientifiques, eux-aussi, eurent une autre intuition que les scientifiques établis. Ils prétendaient qu'en changeant de référentiel pour le placer au centre du soleil au lieu de celui de la terre, les calculs seraient bien moins ardus et expliqueraient bien mieux tout ce qu'on observe autour de soi tout au long de l'année. Evidemment, il fallait à tout prix faire taire ces troubles-fête. Et tous les moyens étaient bons. Même les plus radicaux.

 

Mais il y eut un moment où la science remporta une grande victoire en se libérant de l'emprise qu'avaient les philosophes et les moralistes sur elle. Au point d'en devenir arrogante par moments. C'est ainsi que Laplace a osé dire “Dieu ? Mais je n'ai pas eu besoin de cette hypothèse pour expliquer les lois de l'univers”.

Et puis, petit-à-petit, on s'est assagit et on a continué à observer, mesurer et calculer. Puis, à l'aide de plus ou moins d'intuition, à modéliser. Les philosophes ont continué à théoriser à partir de ces modèles et les moralistes à moraliser.

Arrivés au temps d'Einstein, nous avons franchi un grand pas. Tout était devenu relatif.

Tout ? Non, pas vraiment. Au début, un certain Lorentz avait fait des calculs qui montraient que l'espace se contractait pour ceux qui roulaient vite par rapport à ceux qui restaient dans leur fauteuil et cela a tant inspiré Einstein qu'il en a déduit la théorie de la relativité dans laquelle, en plus de l'espace, le temps se contractait aussi. Donc, l'espace et le temps étaient, depuis lors, devenus relatifs. Tout, autour de nous, en somme. Mais nous, non.

Nous, on est resté absolu.

Jusqu'au jour où de nouveaux scientifiques, en partant de Planck et en passant par Eisenberg, se sont mis à élaborer un nouveau modèle qui donnera la théorie des quanta. Ces gens-là ont observé des choses extraordinaires qui dépassaient l'entendement. Au niveau subatomique, il se passait des choses incroyables et inacceptables pour un esprit cartésien. Tout d'abord, les trucs qu'on “voyait” pouvaient être tantôt des ondes tantôt des particules, elles pouvaient apparaître et disparaître avancer ou reculer dans le temps, ainsi que d'autres péripéties inimaginables.

Toutes ces observations conduisaient ces hommes particulièrement brillants, par ailleurs, à douter de tout, puis à avancer que tout ce petit monde était chaotique et que notre monde déterministe était bâti sur ce chaos, contredisant par-là le modèle déterministe (“voyons, voyons ; Dieu ne joue pas aux dés”, leur lançait Albert). Puis, ils ont affirmé, observations, mesures et calculs à l'appui, que justement leurs observations dépendaient de ce qu'ils avaient l'intention de voir (s'ils voulaient vérifier que la lumière était une onde, ils la voyaient se comporter comme une onde, s'ils préparaient leurs mesures de sorte à révéler que ce sont des particules, c'est ça qu'ils voyaient ; et ça marchait également pour les électrons et autres particules et même pour des atomes et molécules). Pour eux, la chose était claire : le monde existait parce qu'on l'observait et si on cessait de le regarder, il n'existerait plus.

Alors là encore, Albert, il a dit “nein”.

 

Mais cette résistance de la logique einsteinienne, comme de la plupart d'entre nous, ne vient pas de la réfutation des observations mais plutôt de la théorie qui en a résulté. Car comment peut-on dire que le monde n'existe pas si on ne le regarde pas ? En fait, la théorie devrait aller (selon mon humble intuition) dans le sens de la relativisation de notre entendement.

Selon moi, en effet, l'univers est un tout et notre entendement, qui fait partie de ce tout, n'est pas capable de l'embrasser. Tout ce qu'il peut faire, c'est se mettre en relation avec lui, au travers de nos sens, afin d'en extraire des signes qu'on appellera “données” ou “informations” (sous forme d'images, sons, etc.) et qui seront la base de ce qu'on appellera “réalité”. Notre réalité est donc nécessairement une (infime) partie de l'univers, limitée par nos capteurs et notre entendement.

Partant de là, il devient clair que la lune n'est qu'une vue de notre esprit (vue par notre esprit) et qu'elle n'a d'existence que pour des êtres dotés des mêmes attributs que nous.

 

 

Pour s'en convaincre, à titre d'exemple, il suffit de regarder cette image :

Si on se concentre sur le rouge, on verra une flopée de dauphins. Si, par contre, on se concentre sur le gris clair, on voit nettement une femme nue avec un homme derrière.

Ainsi, pour voir une chose, on se concentre sur elle (une partie du tout) et on la sépare du reste. Si on veut voir autre chose, on se concentre sur cette autre chose. Et si on ne se concentre sur rien, on ne voit rien.

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Published by Dragan Matic
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