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30 octobre 2014 4 30 /10 /octobre /2014 18:34

Il était une fois, il y a bien longtemps de cela, dans un petit village du nom de Triche-Basse, vivait un vilain petit coquelet qui s’appelait Tlehry. Tlehry voulait devenir plus grand, plus fort, en un mot plus puissant que tous les animaux de toutes les cours du village. Mais, malgré tous ses efforts, il n’y parvenait pas. Car il était bien trop petit.

Un jour, cependant, alors qu’il s’était rendu au village voisin, qu’on appelait Gère-Manie à cause de l’obsession de ses habitants à y appliquer une rigoureuse gestion aux moindres actes de leur vie sociale, et que, par un concours de circonstances malheureuses, malgré l’excellence de leur travail, ces-derniers ne parvenaient pas à enrayer les effets d’une gigantesque crise survenue du fait de leurs amis Armés-Rouquins, le petit Tlehry réussit à gagner la confiance de ses camarades, les oies, en leur promettant de remettre les choses en ordre et à les rendre encore plus prospères qu’ils ne l’avaient été jusque-là.

Il fallait pour cela lui faire confiance et suivre sa vision bien particulière du monde, sans rechigner. Les choses tourneraient à merveille à condition qu’on fasse bien ce qu’il disait et qu’on ne posât pas de questions. Les oies entamèrent la marche vers la gloire qu'il leur promettait, d'un pas décidé, suivies bientôt du reste de la volaille, ainsi que certains bœufs patibulaires.

Certes, il restait encore des sceptiques et des méfiants dans l'auditoire, pendant quelque temps. Mais, en vérité, la plupart des dindes et dindons, bœufs, vaches et veaux, ainsi que les gros cochons et mêmes les sales porcs, crurent en les paroles providentielles de ce petit gallinacé qui gesticulait devant eux.

Ils ne se posèrent pas de question lorsqu’il imposa à toute la population de se faire examiner pour recenser qui, parmi eux, avait les naseaux percés. Des naseaux percés, pour des animaux de leur importance, c’était, en effet, un signe de dégénérescence inacceptable. Aussi fallait-il, pour garder une société saine, éradiquer cette anomalie. Et, tous ceux qui n’en étaient pas affublés, étaient d’accord avec ce principe. La société ne s’en porterait que mieux si on ne voyait pas sans cesse des bestiaux à naseaux percés se balader dans les rues.

Naturellement, les principaux concernés, eux, se posaient plus de questions. En quoi leur naseaux percés gênaient-ils tant les autres ? Pourquoi devaient-ils accepter d’être humiliés de la sorte ? Mais, la loi était la loi et nul ne pouvait y échapper. Il fallait donc se rendre au bureau de vérification des naseaux sous peine de poursuites sans merci.

Toutefois, qu’ils s’y rendissent ou pas, le résultat était le même : on les traquait, on les débusquait, on les emmenait et plus personne ne les revoyait.

Certains s’en réjouissaient en disant bon débarras. D’autres, parce qu’ils n’étaient pas visés par ces mesures cavalières – et injustes, ils le sentaient bien –, soupiraient de soulagement en souriant de n'être pas pris pour cible. Seule une poignée d’entre eux s’indignaient et tentaient de venir en aide autant qu’ils le pouvaient à ces malheureux.

 

Ce ne fut là que l'un des coups d'éclats initiés par le monstrueux petit Tlehry. Car, déjà, une autre idée machiavélique avait germé dans sa tête et il fallait passer à sa réalisation : il voulait créer un méga-village en annexant tous ceux qui existaient autour d'eux pour continuer leur œuvre d'épuration nasale.

C’est ainsi que, entre autres, avec la collaboration de certains dindons comme par exemple le Maraicher-Pétrin, qui avait séparé son village en deux pour créer ceux de Douche-Franche et ceux de Pas-Trop-Franche, on poursuivait la même politique des naseaux percés avec le même succès.

Plus ça allait, plus ça dégénérait. Les gros porcs se sont jetés dans la mêlée avec un plaisir ostensible et avec bien plus de zèle qu'il n'en fallait. Les malheureux naseaux percés étaient traqués de partout et ne trouvaient aucune échappatoire.

Cela dura, dura, dura.

 

Cela dura jusqu'au jour où les Armés-Rouquins décidèrent que ça suffisait comme ça, qu'on devait arrêter ce massacre, non parce que c'était indigne, mais plutôt pour recommencer à commercer avec les dindes et les dindons, les ânes et tous les autres bestiaux, y compris les naseaux percés qu'il fallait à présent réhabiliter dans leur dignité.

Tlehry, au cours de cette offensive libératoire, fut éliminé. Et tout le monde, soulagé, a souhaité ne plus jamais en entendre parler car il représentait, à lui seul, tout le mal qui puisse s'imaginer. Enfin libres de ce fléau, les animaux goûtaient à nouveau à l'herbe tendre des pâturages en s'en donnant à cœur joie.

Pourtant, après toutes ces années passées, où l'on a cru qu'enfin les animaux de toutes les cours du monde avaient bien retenu la leçon, et qu'on ne les y reprendra plus à se laisser berner de la sorte, ici et là, des Tlehry en puissance surgissent de nulle part, en gesticulant, en brassant du vent, en s'égosillant et en s'époumonant.

On en rit. On sourit. Et on s'irrite aussi. Car ils font durer la plaisanterie. Puis, on prend peur quand on voit toutes les dindes et tous les dindons, tous les bœufs et tous les cochons qui religieusement les écoutent en buvant leurs paroles de coquelets hargneux.

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Published by Dragan Matic
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