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2 novembre 2013 6 02 /11 /novembre /2013 17:31

Je me suis laissé conter une anecdote sur Jacques Brel, il y a de cela plus de 35 ans. Il était interviewé par une animatrice de France Inter (dont je tairai le nom, vu que je ne le connais pas). La brave dame lui avait demandé s'il trouvait l'inspiration dans son propre vécu pour écrire d'aussi belles chansons d'amour.

« Vous devez me confondre avec un autre ; je n'ai jamais écrit de chansons d'amour », avait (à peu près) rétorqué Brel.

« Mais... et “Ne me quitte pas” ? », dit la dame interloquée.

Alors Jacques lui a expliqué : “Ne me quitte pas” est une chanson sur la lâcheté et la stupidité de l'homme. Quelqu'un qui dit « laisse-moi devenir l'ombre de ton ombre, l'ombre de ta main, l'ombre de ton chien », comment peut-on le considérer ? Est-il vraiment un homme qu'on peut aimer ? Non. C'est quelqu'un qui s'est lui-même abaissé au rang de sous-homme et qu'on ne pourra plus regarder autrement. La femme n'aura envers lui qu'une relation de bourreau à esclave, ce qui les fera souffrir tous les deux. C'est une mise en abîme.

 

Ceux qui mendient dans la rue et dont on n'est pas fier, et dont on demande à être débarrassé d'une façon ou d'une autre, sont de ce genre-là. Ils sont l'ombre de notre ombre, l'ombre de notre main, l'ombre de notre chien. Ce sont eux qui nous poussent à nous poser la question de l'identité nationale. Parce qu'on veut trouver une loi qui dise que ceux qui nous dérangent doivent partir …

Quel doit être le rôle de l'Etat à cet endroit ? Et le nôtre ?

 

Pour moi, la question de l'identité nationale ne doit pas être une question nationale.

Savoir si je me sens français ou yougoslave ne regarde pas la Nation ; c'est juste ce qui me préoccupe personnellement (ou pas). Mais la France est (et n'est que) la somme de ceux qui y vivent et/ou qui sente une affinité avec ce pays.

Pour la petite histoire, quand j'avais une vingtaine d'années, j'avais encore la nationalité yougoslave et une carte de séjour qui m'autorisait à “séjourner” en France. Un oncle (yougoslave) m'avait dit, au cours d'une conversation, que j'étais un français, sous-entendant qu'il était légitime à ses yeux que je ne réagisse pas de la même façon que les yougoslaves “normaux” à une situation donnée. Or, en disant cela, il m'avait soulagé à un point dont il n'imaginait pas. Il m'avait donné sa bénédiction ; il m'avait implicitement autorisé à oser penser que je pouvais, sans peur de décevoir les miens, choisir d'être un autre. Et je n'ai plus rien eu qui me retint de demander la nationalité française.

Ainsi, petite pierre quelconque, de forme imparfaite et irrégulière, je suis devenu un de ceux qui contribuent à constituer cet édifice qu'est la France. Aucune des pierres qui la constituent n'est parfaites, mais le résultat, pour peu qu'une cohésion existe, l'est d'une certaine manière. Un peu comme le Palais Idéal du facteur Cheval qui, fait de pierres irrégulières, de près, montre ses imperfections, mais de loin, montre un ensemble d'une beauté unique.

Et le résultat ne doit pas être taillé, modelé, façonné, limé, poncé … d'aucune manière. Sinon, on vit dans une dictature où chacun doit avoir la place qui lui aura été définie et où ceux qui ne se conforment pas aux règles doivent disparaître d'une façon ou d'une autre. On doit simplement laisser faire.

C'est pourquoi, la question de l'identité nationale ne doit pas être une question nationale.

 

Par contre, pour ceux qui nous dérangent en mendiant dans la rue, il faut leur apprendre (et ce devrait être un programme européen et non national) à se comporter en hommes à part entière. Il faut leur demander pourquoi ils font ça. Il faut les aider à en sortir. Il faut leur montrer que la solution n'est pas celle qu'ils ont choisie...

Mais, pour cela, il faudrait qu'il y ait des solutions. Il faudrait, pour commencer, que ceux qui travaillent ne soient pas jetés comme de vieilles chaussettes parce qu'untel a décidé de faire un « plan social ».

Manifestement, il faut changer les règles et réorganiser notre société de façon plus humaine. Quand aura-t-on le courage de faire ça ?

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Published by Dragan Matic
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